Cancer et travail : Approche sociologique

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Approche sociologique de l’aidant

Toute épreuve de vie a des répercussions sur la vie quotidienne qui compliquent l’équilibre entre exigence professionnelle et devoir familial. Dans une vision sociologique du travail, l’enjeu dépasse le simple ajustement des conditions d’exercice à la vie privée ; il réside dans une stratégie de maintien du salarié aidant dans un processus collectif de projet d’entreprise sur lequel un projet individuel a pris le pas.

La plupart des aidants peuvent donc en témoigner, la fragilisation déplace les priorités et instaure une forme de distanciation au travail qui peut s’apparenter à un désengagement. A contrario, l’univers professionnel bordé et ses contraintes contribuent à structurer une vie qui, en l’absence de travail, serait déboussolée.  
« Ce dilemme s’illustre dans le « présentéisme » (lorsque la présence au travail dans un état de préoccupation permanente ne permet pas d’être pleinement productif) et fait de l’aidant en exercice une ressource humaine d’un genre particulier, qu’il convient de réconcilier avec l’exigence de compétitivité économique » commente le sociologue Thierry Calvat.

Une appréhension de l’aidant loin des stéréotypes

« Il y a un effet vertueux à s’intéresser aux aidants »  affirme-t-il avant d’en décrire l’impact positif sur le quotidien en entreprise.

Selon lui, une meilleure prise en compte des situations inédites que vivent les aidants, de leur vécu, de leurs contraintes, favorise un dialogue dans lequel l’entreprise peut exercer sa responsabilité sociétale. En reconnaissant le caractère productif de l’aidant, elle le replace en position de force et active des leviers qui irradient l’ensemble de l’organisation et ouvrent sur de véritables gisements, en créativité comme en richesse humaine :
-émergence d’intelligences collectives, au travers d’interactions plus transparentes et du pouvoir de rayonnement de la singularité,
-innovation, au travers de l’expérimentation conduite par les aidants au profit des personnes qu’ils accompagnent,
-accroissement du dialogue social, à travers des engagements valorisés capables de fédérer l’ensemble des ressources humaines et de faire de l’appréhension de la singularité un instrument la réussite collective.

L’émergence d’un management de deuxième génération ?

L’aidant peut donc être vu par l’entreprise comme un instrument de réconciliation entre l’économie et le social, potentiellement annonciateur de nouveaux modes de management.

Notamment, l’aidant, symptomatique de la divergence entre le projet professionnel et projet personnel entre en résonnance avec les évolutions structurelles récentes.
« Loin de la logique sacrificielle des générations antérieures, où l’intérêt de l’entreprise prévalait sur l’intérêt personnel, les aidants préfigurent les caractéristiques du marché de travail que les jeunes générations ambitionnent : comment l’entreprise va-t-elle servir leur intérêt personnel ? » explique Thierry Calvat.

En résumé, donc le défi qui se pose désormais aux entreprises consiste à construire une relation de réciprocité en termes d’apport de l’entreprise au salarié aidant et d’apport du salarié aidant à l’entreprise.  Un défi qui relève moins de la posture humaniste que de la vision pragmatique et réaliste,  et appelle des modes de management qui restent à inventer.

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