L’infirmière au cœur du processus thérapeutique

L’édito DDcalé du 28 février 2014.

Parmi les professionnels du soin, il en est un, ou plutôt une en l’occurrence, qui a une place à part dans le cœur des malades, l’infirmière. Je sais que ce métier est aussi pratiqué par des hommes mais il reste tout de même très féminin et cela ne doit pas être innocent au regard de leur sensibilité. Je me souviens de Dominique, l’infirmière toujours à l’écoute avec qui j’échangeais les BD des Bidochon, quand j’étais adolescent et malade. Elle et ses consœurs sont plus présentes dans ma mémoire que les nombreux internes qui ont traversé le service. Professionnelle expérimentée, elle allait d’ailleurs souvent chopper ces apprentis médecins par l’arrière de la blouse pour les ramener dans ma chambre quand je regrettais qu’ils n’aient pas assez bien répondu à mes nombreuses questions.

Plus disponibles, ou en tout cas plus présentes dans la chambre, leur rôle dépasse largement les actes techniques qu’elles ont à effectuer. Intuitivement, on peut penser qu’un service de cancérologie n’est pas le cadre de travail le plus réjouissant. J’ai échangé avec beaucoup d’infirmières, sur le terrain ou en participant à leur formation. Pour nombre d’entre elles, c’est le stage en cancérologie qui les a le plus marquées mais aussi motivées. Elles ont choisi ce service et en toute logique sont fortement impliquées. Cela ajoute une grande dimension humaine aux actes de soins.

Les 1ers plans cancer ont formalisé le dispositif d’annonce et mis en place la fonction d’infirmière d’annonce. Il s’agit bien ici de la reconnaissance de cette dimension humaine. Avec leur écoute et leur sensibilité, elles aident les malades à digérer, comprendre, intégrer le flot d’information et leurs conséquences. Une reconnaissance donc mais qui n’a pas toujours donnée lieu à une valorisation professionnelle. Pour autant, il s’agit du début d’une évolution de ce métier. Une évolution que l’AFIC, Association des Infirmières en Cancérologie, appelle de ses vœux de longue date. Elle a heureusement été rejointe par des cancérologues qui ont compris l’enjeu, notamment du dispositif de la VAE –Validation des Acquis de l’Expérience.

Ce 3ème plan cancer prévoit de leur donner plus de compétences à commencer par l’autorisation de vacciner dans le cadre de projets de prévention/dépistage. Mais surtout, il crée un nouveau métier, une nouvelle perspective de carrière : Infirmier clinicien. Il va également faire face aux besoins nouveaux, notamment en matière de suivi des chimiothérapies orales ou de coordination des parcours. Cette innovation est une opportunité pour les malades et pour les infirmières. Elles pourront assurer, sous certaines conditions, la prescription d’examens de suivi des traitements, de traitements complémentaires et de support, ainsi que la reconduction ou l’adaptation de traitements spécifiques.

Ce nouveau métier ne remplace pas le métier initial, il l’enrichit. Il reconnait aussi la place essentielle de l’infirmière dans le processus thérapeutique au sein de l’équipe référente. Il s’agit d’une opportunité pour ces professionnelles engagées auprès des malades. Des malades qui ne peuvent que les soutenir, y compris, pour la question qui reste à régler : les modalités de reconnaissance non définies dans le plan.

Damien Dubois