Comment concilier performance, qualité des soins et qualité des conditions de travail ?

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Ce sujet a 10 réponses, 10 participants et a été mis à jour par  Cancer Contribution, il y a 4 ans et 5 mois.

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    Sujet
  • #11038

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    Débat à retrouver sur le site événementiel des Universités d’été de la performance en santé (Avignon – 16 et 17 septembre 2011), sous la plume de Véronique BILLAUD, Directeur associé à l’ANAP (Agence Nationale d’Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux).

    Notre système de santé est en pleine transformation : conçu à partir des ordonnances de 1958 créant les CHU, il a été prévu pour prendre en charge des maladies aigües. La prégnance croissante des maladies chroniques et le poids des affections de longue durée (qui représentent 60% des dépenses de l’Assurance maladie) justifient ces évolutions profondes. Néanmoins, les nécessaires démarches de retour à l’équilibre exercent parfois une pression très forte : comment, dans ces conditions, concilier performance, qualité des soins et qualité des conditions de travail ?

    Des contradictions sont possibles, si par exemple les diminutions de personnels viennent au secours des recherches d’économies dans une vision court-termiste, au risque de pénaliser à la fois la qualité du présent et la faisabilité de l’activité future.

    Pourtant, si elle ne s’y limite pas, la performance peut se conjuguer avec une réflexion de nature économique. Toute approche économique est d’ailleurs nécessairement globale : elle inclut la prise en compte des externalités négatives (l’augmentation des événements indésirables liés aux soins ou de l’absentéisme par exemple) et des externalités positives (comme la créativité et l’innovation, la motivation au travail, la coopération …). Dans un établissement de santé, ces démarches globales de performance ne sont possibles qu’avec une implication forte des soignants, et en particulier de la communauté médicale. Toutes les voies pour y parvenir ont-elles été explorées ?

    Et dans la logique territoriale désormais portée par les agences régionales de santé, la performance peut-elle encore s’apprécier en référence exclusive à une logique comptable ? Le fonctionnement d’un établissement ne devrait-il pas être évalué au regard du dynamisme de ses équipes soignantes et des services rendus à la population ?

10 réponses de 1 à 10 (sur un total de 10)
  • Auteur
    Réponses
  • #11039

    Cathie
    Membre

    Un très juste article, même s’il est paru dans un journal canadien (« Le Devoir »), colle tout à fait à cette problématique, et semble apporter l’exemple d’une revalorisation possible des hopitaux de proximité. Dès qu’on arrive à développer un truc à un point tel qu’il s’installe dans le gigantisme, à un moment où un autre, la proximité et l’humain retrouvent leurs qualités premières. Dommage qu’il faille souvent arriver au très compliqué pour revenir au très simple.
    Cet article s’intitule « Des soins à visage humain », la performance n’est pas que comptable, et cet exemple est surement valable partout : [url=http://m.ledevoir.com/societe/sante/330236/des-soins-a-visage-humain]cliquer ici pour lire l’article[/url]

    #11047

    sitelle
    Participant

    Il existe des études pour juger des résultats, mais reste à savoir qui les a commanditées. Si c’est dans le but de faire faire des économies, cela ne servira à rien. Par contre si des associations de patients complètement indépendantes de tout lobby, laboratoire, ou organisme politique, ou syndical, faisait faire ce type d’investigation, quitte à ce qu’elle dure un an, peut-être pourrions-nous avoir une image réelle de l’efficacité en matière de satisfaction des patients et de leurs familles, plutôt qu’en terme de rentabilité, terme horrible quand on parle du cancer, quand on a de l’humain à regarder, et non pas des chiffres.
    Je crois sincèrement qu’une telle étude peut se faire. En demandant aux malades en cours de traitement, aux malades en rémission ou guéris, aux familles ou proches de malades, leur avis comme pour une enquête de satisfaction, avec un questionnaire. Je sais que c’est subjectif. Mais la douleur aussi est subjective et tous les centres anti-douleur vous mettent dans les doigts une réglette et vous demandent d’évaluer VOTRE douleur. De la même façon on doit pouvoir évaluer la performance, au niveau des comportements, des prises en charge, des réflexions, des écoutes; au niveau des résultats mesurable aussi au vu des bilans. Ce sera en partie subjectif, mais cette subjectivité fait partie intégrante du jugement que nous portons, quelle que soit notre place dans le parcours de la maladie, ce sera un facteur de pondération des résultats, sans plus. Ce qui compte c’est surtout de savoir, non pas en chiffres mais en ressentis, comment a été vécu le parcours de soins, et comment tous, malades ou proches, nous l’avons apprécié. Il ne s’agit surtout pas de faire un concours entre hôpitaux ou centres de cancérologie, mais bien de connaître un indice psychologique de satisfaction qui puisse venir étayer des chiffres officiels de réussite. C’est bien de guérir les cancers, c’est encore mieux de le faire avec une qualité irréprochable, et que chacun puisse conserver cette satisfaction comme preuve de la qualité à la fois technique et humaine d’un équipe soignante.

    #11046

    sitelle
    Participant

    Hélas, je crains qu’il ne s’agisse que de la triste réalité…

    #11045

    Sounion
    Membre

    J’ai l’impression que dans ce panorama la présence d’un support psychologique pour les professionnels ne soit pas réellement pris en compte. S’agit-t-elle d’une impression ou bien d’une donnée réelle?

    #11044

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    Revenons à la notion de performance. Quel sens a-t-elle lorsqu’elle s’applique à la santé ? [b]Quels sont selon vous les éléments qui permettent de juger de la performance des soins[/b], des établissements de santé, de la formation des soignants, de la qualité de l’annonce et des diagnostiques, de la qualité du retour à la vie civile et sociale ? Où commence et où s’arrête la performance, rapportée à la santé ?

    #11043

    sitelle
    Participant

    Il est certain que l’oncologie pour les soignants, surtout pour les personnels infirmiers ne peut se pratiquer dans les meilleures conditions que pendant un temps limité, variable d’une personne à l’autre. Ce ne sont pas tant les conditions matérielles du travail que l’engagement psychologique qui les fait changer de service au bout de quelques années, aussi performants qu’ils soient. Mais devant la tension ajoutée au manque de moyens devant la recrudescence des cancers, la lassitude, la résignation s’installent et nuisent à leur travail. Lorsqu’ils en prennent conscience, bien souvent ils doivent quitter l’oncologie pour d’autres services moins demandeurs en empathie, moins mangeurs d’une énergie qu’ils ne peuvent pas fournir éternellement.

    Je n’ai jamais en treize ans d’accompagnement entendu dire que quelqu’un ne bénéficiait pas des soins qui lui revenaient pour des raisons financières. Pour d’autres raisons, oui, qui ont rapport avec les personnes, leurs rapports aux équipes, ou les médecins, mais jamais pour des raisons économiques. Que les infirmières ou même les médecins soient surbookés, et surmenés, c’est certain.

    #11042

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    Avez-vous le sentiment que vous n’avez pas bénéficié des meilleurs soins du fait de vos revenus ? Vos témoignages sont importants.

    #11041

    Sounion
    Membre

    A ce sujet, je signale l’excellente contribution de Carine MILCENT, Chercheur du CNRS en économie de la santé à la Paris School of Economics, « L’équité des soins, un chantier majeur », qui analyse la politique budgétaire française dans le domaine des soins et soulève la question de l’innovation médicale.
    « Les dépenses de santé n’augmentent pas uniquement à cause du « gaspillage » d’argent public mais aussi parce que la science permet de soigner des patients qui n’étaient jusque-là pas traités. Conjuguer tarification à l’activité et enveloppe fermée rend difficile le déploiement de l’innovation dans les hôpitaux publics. Il est donc probable que la France ne conservera pas longtemps la seconde place dans le classement de l’OMS. Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Au vu de la hausse des dépenses publiques et privées, l’impression de dégradation paraît injustifiée car la production de soins n’a pas diminué. En revanche, il est fort possible que les différences de qualité des soins ont augmenté, portant préjudice à l’équité des soins. Nous manquons aujourd’hui d’outils pour quantifier ce phénomène et l’analyser. Une chose est sûre : cette équité constituera à coup sûr un chantier majeur des années à venir, pour les économistes et pour les politiques. »
    [url=http://www.lefigaro.fr/politique/2007/03/06/01002-20070306ARTFIG90046-l_equite_des_soins_un_chantier_majeur.php]Cliquer ici pour lire l’article[/url]

    #11040

    Melchior
    Membre

    La question posée est classique …. mais tronquée à mon avis. Elle doit prendre en compte 2 éléments qui n’apparaissent pas ici : 1) les ressources sont limitées ce que nous n’avions jamais vraiment jusqu’à présent puisqu’en période de croissance seule la logique du « toujours plus » a prévalu (nous n’avons jamais consacré autant de ressources au fonctionnement du système de santé) . 2) l’équité n’est jamais invoquée or elle est essentielle. Puisque les ressources sont limitées pourquoi certains devraient-ils consommer l’essentiel de ces ressources.
    Plus que la question de la qualité, la question posée est celle des choix et de la participation de tous aux choix à la fois pour les éclairer et pour les accepter. C’est un enjeu de Cancer Contribution tel que je le comprend.

    #11048

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    Les études sont effectivement une option intéressante pour juger de la performance. Peut-être pouvons-nous lancer les sujets ici et répertorier les points forts et les points faibles de l’ensemble du parcours de soin ? L’objet serait de considérer concrètement les enjeux de ce parcours et d’identifier des solutions concrètes. [b]Vos expériences de patient, accompagnant, soignant, décideur politique ou citoyen portent en elles des éléments de réponse ![/b] Partageons-les ici afin de bâtir une première réflexion sur la notion de performance en essayant de tenir compte au maximum de l’ensemble des enjeux et contraintes. A chaque enjeu (économique, politique, structurel,soins, accompagnants) correspond un point de vue. Essayons ensemble d’apporter un regard le plus représentatif possible !

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