Déserts médicaux : « Si les jeunes refusent d’y aller, privons-les d’exercice ! »

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    http://www.egora.fr

    Egora ouvre une polémique qui n’est peut-être pas sans intérêt: Sylvain Blondin ne craint pas les polémiques. Ce directeur d’un cabinet de recrutement spécialisé dans la santé sort jeudi un livre intitulé Zones rurales… A votre santé ! (éditions Gigko). Il prône plusieurs mesures destinées à enrayer les déserts médicaux et notamment une très forte coercition à l’encontre des jeunes. De “bons conseils”, de la part d’une personne en procédure avec l‘Ordre.

    Quel est votre métier ?

    J’ai un cabinet de recrutement, de formation et de conseil. A la base nous étions un cabinet généraliste puis nous nous sommes spécialisés dans le domaine médical et paramédical. On recrute notamment des médecins sur toute l’Europe. Au vu des problématiques du recrutement, je me suis intéressé à la désertification médicale.

    Vous avez justement rendu un rapport sur les déserts médicaux au Sénat, qui vous l’a demandé ?

    Personne, je l’ai fait de ma propre initiative. Je me suis intéressé à la question du manque de médecins. Je suis allé creuser un peu partout. J’ai lu les rapports de l’Ordre des médecins, j’ai fait des recherches. J’ai alors vu un certain nombre de dysfonctionnements. J’en ai parlé à plusieurs sénateurs pour leur dire que des solutions existent. J’ai donc remis mon rapport au Sénat, je l’ai aussi envoyé à tous les députés, aux ARS, à l’Ordre…

    Ce rapport a-t-il été repris ?

    Le problème, c’est que je ne suis pas médecin. J’ai jeté un pavé dans la marre. A la suite de ce rapport, l’Ordre des médecins s’est braqué contre moi, arguant que je ne connaissais rien à la santé. C’est faux, j’ai justement une vision globale et européenne de la santé.

    En quoi vous estimez-vous légitime pour écrire ce livre et remettre ce rapport ?

    Ce sont des constats qui sont là, on le voit tous les jours. Ce n’est pas moi qui parle, ce sont les chiffres. En plus, je reprends certaines données qui émanent de l’Ordre des médecins ! Tout le monde parle de ces chiffres mais personne ne trouve de solutions. Tout le monde tourne autour du pot. Moi je dis qu’à un moment, il faut prendre le taureau par les cornes. Exemple : aujourd’hui un médecin qui arrive de l’étranger doit avoir un niveau de français correct et un diplôme reconnu pour s’inscrire à l’Ordre. Le souci c’est que certains médecins sont…[ pagebreak ]

    rejetés dans certains départements et acceptés dans d’autres. C’est une aberration totale. Il n’y aucune organisation. C’est un problème de ressources humaines, domaine que je gère depuis 30 ans. Il n’y a jamais eu autant de médecins et pourtant on en manque. J’estime qu’il en faudrait 11 000 de plus. Aujourd’hui, 62% des nouveaux installés sont des femmes. Elles ont un mode d’exercice différent, ce qui est normal. Pourtant cela n’a pas été pris en considération depuis des années.

    Quelles sont vos motivations ?

    J’ai écrit ce rapport parce que je trouve le sujet passionnant. Le livre en est la continuité. Vu que mon regard est différent, cela va peut être permettre d’apporter des solutions. J’ai d’ailleurs créé avec un collectif, l’association Big Bang, qui a pour but de lutter contre la désertification médicale. Il faut revoir entièrement le système de santé. Je pense qu’il faut revenir à la ruralité.

    Dans votre livre, vous préconisez la mise en place d’une coordination nationale des investissements de santé. Ne craignez-vous pas un enlisement bureaucratique ?

    Je parle d’une coordination nationale de la gestion des ressources humaines. Trois pôles doivent intervenir en même temps : L’Ordre des médecins, les ARS et la gestion des ressources humaines. Lors d’un recrutement de médecin étranger par exemple, tous les CV devront passer par cette coordination nationale avant des les envoyer à l’Ordre des médecins en validant ou non les candidatures. De son côté, les ARS devront faire une cartographie médicale très précise des zones sous dotées. On raconte des bêtises. On dit par exemple que les médecins s’installent sur les côtes littorales, c’est faux, on manque beaucoup de médecins dans ces zones. Il faut donc une cartographie claire pour mieux s’y retrouver.

    En quoi ce travail entre Ressources humaines, Ordre et ARS donnerait envie aux médecins de s’installer dans les déserts médicaux ?

    Il faut y développer des pôles pluridisciplinaires de santé.

    Mais ils risquent de rester vides, comme c’est déjà le cas dans de nombreuses communes ?

    Dans ces communes les pôles de santé sont souvent inadaptés, d’où l’importance d’avoir une cartographie médicale précise pour connaître les zones en difficultés. Les communes doivent aussi travailler à faire des pôles de santé en lien avec les attentes des … [ pagebreak ]

    populations. Enfin les médecins doivent n’avoir à faire que leur activité médicale et non l’administratif. Il faut aussi revaloriser les zones rurales dans les écoles pour donner envie aux jeunes de s’y installer.

    Vous prônez pourtant la coercition…

    Il faut que les jeunes aient en effet certaines obligations. Mon idée est de leur donner des bourses pour pouvoir étudier, mais qu’ils aient ensuite l’obligation de venir s’installer en zones rurales pendant un certain temps.

    Cette mesure existe déjà…

    La loi qui existe déjà est inapplicable. Elle va contre la liberté d’installation. La seule obligation qu’aurait le médecin est de rembourser les sommes versées. Moi je voudrais mettre en place une loi coercitive qui dirait que la formation des jeunes est prise entièrement en charge mais qu’en contrepartie, pendant 6 à 10 ans, ils devront s’installer dans une zone blanche. Si ce n’est pas le cas, ils ne seront pas inscrit à l’Ordre et devront rembourser les sommes perçues.

    Les jeunes ne voudront jamais…

    Et bien la santé explosera. Il faut attirer les jeunes en leur facilitant la vie via les pôles de santé. On leur met à disposition un cabinet avec un secrétariat. Il faut aussi les obliger à faire des stages dans les zones rurales pour les inciter à y revenir.

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