La parole aux proches et aux familles…

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Ce sujet a 4 réponses, 4 participants et a été mis à jour par  Cancer Contribution, il y a 4 ans et 5 mois.

  • Créateur
    Sujet
  • #10557

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    Pour certains, la lutte contre le cancer se termine par un accompagnement vers la mort. Des mots forts à trouver pour raconter des situations difficiles. La plateforme Cancer Contribution a aussi été créée pour cela : venez partager vos expériences, vos témoignages, votre vécu, sur ce forum…

4 réponses de 1 à 4 (sur un total de 4)
  • Auteur
    Réponses
  • #10558

    sitelle
    Participant

    J’ai pu pendant treize ans d’accompagnement, écrire très peu de choses, occupée que j’étais à ‘vivre’ sa maladie et la mort qui venait, à les partager au quotidien avec mon amie. A part le site,

    http://www.bernadette-son-combat.com

    qui parle plus de ses œuvres que de sa maladie.

    Mais les échanges autour de sa mort, la préparation de son départ nous ont suivies pendant plus de cinq ans et nous ont apporté la sérénité dans laquelle elle est partie. Nous avons tellement parlé de tout, que même lorsque nous parlions de la mort, de Sa mort, nous avions l’impression de dire des banalités. C’était un peu comme si nous avions apprivoisé cette mort qui nous venait, une façon aussi de lui faire un pied-de-nez parce que nous la regardions en face, comme si elle ne nous faisait plus peur. Bien sûr qu’elle nous faisait peur, mais même cette peur, nous l’avions intégrée. Et puis aussi nous parlions de tout et de rien, elle recevait du monde, des amis, et elle les écoutait, les conseillait, comme si elle n’était pas plus importante que ça. Moi j’ai eu l’impression de faire semblant en jouant ce jeu avec elle, et puis après coup j’ai compris que c’était le seul jeu que nous pouvions jouer pour exorciser notre peur à tous. Peu de gens autour de nous ont compris alors à quel point elle était angoissée, et même combien elle souffrait; mais c’est bien comme ça, car elle a pu préserver sa sérénité, et par la même occasion elle m’a fait grandir de vivre cette expérience à ses côtés.

    [attachment=10]MONCRIdocwordx.pdf[/attachment]

    #10559

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    Pouvez-vous nous envoyer le fichier Word par email, nous le mettrons en ligne.

    #10560

    selectime
    Membre

    Bonjour à tous et toutes,

    Il y à bien longtemps, j’ai été hospitalisée dans le service du professeur Pujol et pour une fois j’avais une voisine de chambre. J’avais 14 ans, elle en avait 38.
    Après plus d’un mois à faire les 400 coups et à rigoler à s’en casser les côtes, je suis sortie. De son côté, elle devait rester quelques jours de plus pour des contrôles. J’avais promis de venir la voir tous les jours.

    La première fois que je suis entré dans sa chambre, l’ambiance était glaciale. J’avais le profond sentiment d’être indésirée. Alors je me suis contenté de dire bonjour, de sourire, et j’allais repartir lorsqu’elle m’a demandé de rester. Je sentais en elle son désir de parler, d’être écoutée. Nous avons discuté de choses assez secondaires. Je suis revenue la voir, mais chaque fois il y avait quelqu’un de sa famille et il lui était bien difficile de pouvoir exprimer tout ce qu’elle portait en elle.

    Un jour, fixant son regard sur moi, elle m’a dit brusquement: « Tu sais, je vais mourir ! ». Une de ses amies s’est empressée de lui dire : « Mais non, il ne faut pas dire des choses pareilles; tant qu’il y de la vie, il y a de l’espoir… ».
    J’ai demandé à son amie de nous laisser seules et je lui ai répondu franchement, presque brutalement: « Oui, tu vas sans doute mourir ». Trop émue, je ne pouvais rien ajouter. Ma gorge était serrée, j’avais les larmes aux yeux et c’est elle qui à ce moment-là a rempli mon coeur d’une joie profonde alors que déjà j’étais dans l’angoisse d’avoir dit quelque chose que je n’aurais pas dû dire. Elle m’a offert son premier sourire. Jamais je ne l’avais vue sourire depuis ma sortie de l’hôpital. Aujourd’hui, son âme se dilatait devant moi. Je ne sais pas pourquoi soudain je m’étais exprimé si clairement, mais je sais que face à la souffrance l’important c’est d’aimer avant de parler. Les malades savent, sentent quand on les aime et les mots importent beaucoup moins, mais ils sont tout de même importants.

    Aimer, c’est vouloir le bien de l’autre en vérité. C’est vouloir son vrai bien. L’amour n’a rien à voir avec la sensiblerie. Il ne s’agit pas seulement de faire plaisir; il s’agit de vouloir le bonheur de l’autre.

    Elle savait qu’elle allait mourir; son corps ne cessait de le lui rappeler et pourtant, sans cesse, elle entendait autour d’elle des paroles rassurantes sur sa santé. Et plus on lui disait qu’elle allait s’en sortir, plus elle se sentait seule.
    Car avec qui pouvait-elle parler de la mort ? Avec qui pouvait-elle se préparer à cet évènement ? Tout le monde devra subir la mort, et combien s’y préparent paisiblement ?
    A qui pouvait-elle confier ses angoisses sur la vie après la mort, sur le sens de la vie ?
    Aussi son sourire, en ce jeudi du mois de mars 1980, exprimait une profonde libération. Enfin elle pouvait parler et se confier mais à moi seule. A partir de ce jour, j’ai commencé à lui parler simplement de moi, d’elle, de notre amour pour tous ceux qui souffrent jusqu’au jour où elle m’a fait un petit signe de la tête pour que je m’approche. Elle ne pouvait presque plus parler mais elle a voulu me poser une dernière question: « Que veux-tu que je dise à Jésus de ta part ? » Elle me souriait et j’avais le coeur déchiré car elle n’était plus mon ex voisine de chambre que je soutenais comme je pouvais mais un être que je me suis mis a aimer très rapidement.
    Elle s’est éteinte le 16 mars et je lui tenais la main. J’étais démontée mais si soulagée qu’elle ne soit pas seule à ce moment préçis.
    Quelques minutes avant son départ elle a murmuré qu’elle avait reçu une profonde paix intérieure. J’oserais dire la joie de celle qui avait enfin trouvé un sens à sa vie, parce qu’elle avait trouvé la paix de l’âme.

    Voilà ! Il n’est pas toujours facile d’aider les gens à mourir tant cette réalité de la mort est difficile à accepter. Mais l’enjeu en vaut la chandelle. L’enjeu était de garder cet éternel sourire sur son visage…

    Merci de m’avoir lu.

    Bien à vous.

    #10561

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    L’accompagnement vers la mort, un sujet très difficile à aborder tant notre nature nous pousse à ne pas envisager cette possibilité jusqu’à ce qu’elle s’impose à nous. Comme l’a si bien montré Selectime, il faut savoir écouter les malades et ne pas avoir peur de parler de la mort. La nier et faire comme si cela n’allait jamais arriver peut créer un grand vide et une grande solitude autant chez le malade que pour les proches. Quelles ont été vos derniers mots, dernière réaction vers un proche ? Vous étiez-vous préparé à ce moment ? Si oui cette préparation était elle suffisante pour faire face à cette épreuve ?

4 réponses de 1 à 4 (sur un total de 4)

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