L’entreprise est-elle adaptée à la reprise du travail ?

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Ce sujet a 4 réponses, 4 participants et a été mis à jour par  Cancer Contribution, il y a 4 ans et 5 mois.

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    Sujet
  • #11049

    sara121
    Membre

    L’après cancer !
    Vaste question ! Moi, je dirais « l’avec-cancer » car je cohabite avec cette saleté depuis 18 ans et même si ma vie est pleine de bonheurs et d’amour, je ne crois plus que je vivrai un jour sans lui.

    Je retravaille depuis 2 mois à mi-temps thérapeutique, ce qui est vécu par la majorité de mes collègues comme de la « glande cautionnée et subventionnée ». Tout ça passe par des non dits, des silences en réponse à mes questions, des manques de prise en considération que mes temps libres sont des temps accordés par la sécu, pour que je puisse reprendre après cette rechute de plus, en douceur dans ce monde brutes qu’est celui du travail et des valeureux salariés qui eux, ne s’évaporent pas pendant 16 mois de leur emploi pour….. pour …ils ne veulent pas même savoir.
    D’ailleurs ils ne se sont pas tenus au courant de mes mésaventures pendant mes 16 mois de chimio : opé 1, opé 2, opé 3 (une urgence en prime non prévue dans le protocole).
    Ce qucomme si j’étais morte à leurs yeux.
    On m’a juste dit avec un regard suspicieux : « ah mais tu n’as pas mauvaise mine !!! »
    Eh oui, reprendre après l’été quand on vit à la campagne, ça signifie avoir le teint halé, de plus je maquille ce qui ne me convient pas et je ne suis pas de la maigreur de circonstance de quelqu’un qui a fricoté avec la mort.
    La rage de leur dire : « Et le carnage de mes 3 sein enlevés, tu veux le voir ??? » Je l’ai eu au bord des lèvres et des yeux si souvent ! Car oui, double mastectomie et dépose d’une des prothèses pour infection…
    Les préoccupations même pas dites en face ont été : « mais à mi temps va-t-elle être capable de générer assez de chiffre ? »
    On m’a dit aussi, en relation avec des décisions prises (concernant mon poste) : « ah mais tu n’étais pas là, les absents ont toujours tort, tu sais bien, on n’a pas tenu compte de toi ! et puis, on ne savais pas SI tu allais revenir » (j’ai entendu SI tu n’allais pas mourir).

    Je vais vous le confier je n’ose même pas leur dire que j’envisage une dixième opération depuis que Mr K est entré dans ma vie il y a 18 ans, afin de me faire re-réparer, car ma béance sur mon torse me retourne le ventre tous les matins et tous les soirs ; car je n’en peux plus d’avoir mon soutien gorge porteur de prothèse me mettre le sein au milieu de mon torse et faire mal à mes zones cicatricielles ; car je vomis de penser à chaque fois qu’un regard se pose sur moi « mon Dieu, mon T shirt baille, ça doit se voir » ; car je trouve aussi sexy de mettre mon sein en silicone dans le boitier bleu qui lui est destiné au déshabillage que ça le serait de mettre mes dents dans un verre……Car, car, car..
    J’espère juste ne pas repousser cette opération que je rêve autant que j’appréhende JUSTE pour des contingences professionnelles, juste parce que je ne m’aime pas assez pour faire passer mon équilibre personnel avant les intérêts de mon poste et de ma structure.

    Le retour au travail, j’en avais rêvé, il s’avère très pénible, et je me sens sombrer jour après jour dans le dégoût d’aller travailler, dans l’attente du prochain week end.
    Au travail, il n’y a pas de place pour la cancéreuse, c’est marche ou crève…

4 réponses de 1 à 4 (sur un total de 4)
  • Auteur
    Réponses
  • #11050

    sitelle
    Participant

    Il faudrait plus de témoignages dans ce sens. Ils sont riches d’enseignements, si pauvres d’humanité. Je me souviens que lorsque mon amie avait repris à mi-temps thérapeutique, comme prof en collège, on lui avait aménagé un emploi du temps improbable. On la faisait y aller pour une ou au mieux deux heures, sous prétexte que les collègues avaient des enfants à chage. Mais ces enfants, elles les avaient choisis, alors que Bernadette n’avait pas choisi de faire cinq récidives en deux ans… Après ce furent les métastases osseuses, et la difficulté à marcher. Mais nous n’avons jamais pu avoir le macaron pour parking, alors qu’elle avait également une sclérose en plaques. Ainsi va la vie. Dites vos vécus à vous.

    #11051

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    Merci Sarah pour votre témoignage. Nous avons relancé ce forum sur Facebook.

    #11052

    vero M
    Membre

    après avoir été traitée pour mon cancer, j’ai eu la chance de pouvoir retravailler.
    Bien entendue, je n’étais pas en capacité pour reprendre mon poste qui demandait une énergie et des déplacements que je n’avais plus, mais j’ai la chance d’appartenir à une grande société française et d’avoir un chef, dont je salue l’intelligence et l’humanité, qui ont permis ma réintégration d’abord à mi temps thérapeutique puis à pleins temps.
    J’ai récidivé et aujourd’hui , toujours en traitement et après 2 ans 1/2 d’arrêt j’envisage de reprendre le travail. Bien entendu, aucune cellule n’existe pour organiser mon retour, à moi de coordonner mon employeur, la médecine du travail, la sécu etc…mais je prépare le terrain et mon employeur est prêt à aménager un poste. Alors oui certains penseront à mal car ils ne connaissent pas tout le défi que je me lance en reprenant le travail tout en continuant mes soins, mais ça aussi je l’ai préparé, dans ma tête, avec l’aide d’une psy car l’autre question qui se pose en réponse: sommes nous prêtes /préparées à revenir dans le monde du travail , monde qui est déjà difficile en temps normal.
    allez y encore du boulot pour faire avancer les choses à tout niveau!

    #11053

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    Carole a témoigné sur notre page Facebook de son retour au travail ; avec son accord, nous publions ici le récit de son expérience. Merci à Carole pour le partage de son histoire :

    « Bonjour à toutes. Je voudrais dédier ce message à toutes celles qui se sentent à l’écart dans leur vie professionnelle. Ceci est mon récit personnel.
    (L’avant cancer ) Votre vie vous l’aimez ! Vous avez un travail qui vous plait dans lequel vous vous épanouissez ! Une équipe, certes avec ses hauts et ses bas, mais une équipe chaleureuse, cool…comme souvent « une bande de copains de boulot » De bons contacts, des rires, des fous rires mêmes !… Tous les soirs en partant et surtout le vendredi, le petit bavardage s’attarde pour souhaiter à tous et toutes un bon week-end. Puis vient le temps de la maladie… Enfin le rétablissement dont on se réjouit car on sait toutes qu’il est synonyme de : « Je vais enfin reprendre ma vie, mon travail… »
    (L’après cancer) Sauf que, de retour à votre poste, les choses ont changées. Les regards, la façon de vous dire les choses, les comportements tout simplement. On vous crois faible ou on a peur de la maladie … je peux comprendre cela. En revanche, Je ne comprends pas la méchanceté. La distance que vos collègues mettent entre eux et vous… moi. Les conversations qui se taisent lorsque vous entrez dans un bureau, vous vous retrouver seule pour le déjeuner, on « oublie » de vous dire au revoir le soir en passant devant votre bureau durant la semaine et les mois …qui passent. Les petites phrases assassines qui vous reviennent aux oreilles : « j’aurai aimé qu’elle ne revienne pas. » Alors vous vous accrochez, c’est sur mais vous avez vécu bien pire, alors après tout ce n’est pas si grave… Jusqu’au jour ou ce n’est plus gérable parce que celle qui faisait l’intérim pendant votre absence sur votre poste à les dents tellement longues, qu’elles entament le bitume. Elle veut depuis votre retour une seule chose : prendre et garder votre place ! Tout est fait pour que votre confiance avec votre hiérarchie soit mise en doute…, donc votre travail aussi. Tenir bon, s’accrocher et faire face parce que la maladie ne laisse pas que de mauvaise traces : elle nous apprend à nous dépasser, encore… Mais tout le monde à ses limites. À nos yeux, se battre est nécessaire mais vivre, vivre heureuse, épanouies et légères l’est encore plus … ça oui !!! Le temps est donc venu de partir de cet endroit ou l’on ne vous « demande » pas de partir mais ou le fossé est déjà tellement béant que l’évidence s’impose : changer, partir, se reconstruire dans un autre domaine professionnel, un autre lieu… ailleurs… loin d’ici, de ceux qui ne comprennent pas que vous n’avez jamais demandé à être malade. Je me suis accrochée 18 mois… je suis sur le point de partir. C’est une renaissance ! Carole. »

4 réponses de 1 à 4 (sur un total de 4)

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