Quel rapport à la séduction et aux hommes après une mammectomie ?

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Ce sujet a 14 réponses, 14 participants et a été mis à jour par  Alinea, il y a 4 ans et 7 mois.

  • Créateur
    Sujet
  • #10528

    kiwfranc
    Participant

    J’ai eu le bonheur il y a quelques années de rééduquer une jeune patiente de 21 ans, suite à une mammectomie. Elle est arrivée accompagnée de sa maman effondrée, mais elle, armée d’un moral d’enfer. Dès les premières séances de kiné, un dialogue de confiance s’est instauré.
    Un jour, je lui demandais : « Est-ce que l’ablation du sein est pour vous synonyme de « non affectivité » ?
    Sa réponse fut celle du cri du coeur : « s’il ne m’accepte pas comme je suis, c’est qu’il ne m’aime pas « . J’ai eu l’occasion de la revoir un an après pour une mobilisation de sa prothèse mais toujours pas de petit copain.
    Les réactions face à ce genre de situations sont multiples et varient en focntion des caractères.

    Quels conseils donneriez-vous aux patients comme à leurs prétendants pour appréhender au mieux la vie amoureuse et le rapport à l’autre ?

14 réponses de 1 à 14 (sur un total de 14)
  • Auteur
    Réponses
  • #10529

    Sounion
    Membre

    Face à une mastectomie, l’attente commune est celle d’une reconstruction immédiate…terminée la maladie, le corps doit reprendre son aspect originaire, plus de traces du cancer, surtout sur une partie si symbolique du corps. Et pourtant, nombreuses sont les femmes qui optent pour rester asymétriques…qui par choix qui par absence de choix, car la chirurgie n’a pas pu préserver les conditions pour une reconstruction correcte.
    Femmes qui dépassent psychologiquement l’expérience du cancer, de ses traitements, de ses inconnus et qui reprennent une vie de femmes à part entière. Mais quel regard porte-t-elle la société sur ces personnes, quelles craintes peuvent susciter les réactions des partenaires, les nouvelles rencontres, les questions des enfants sur cette cicatrice qui parcourt un lieu sacré du corps de la femme?

    #10541

    Alinea
    Membre

    Je relis ces quelques lignes et je pense qu’en amour, tout repose sur la spontanéïté et le naturel… Pas moyen de faire autrement ! J’ai eu de la chance d’avoir un mari aimant, mais ça n’a pas été facile tous les jours, pour lui, pour moi. [b]Certains jours, souvent, je ne me suis pas aimée sans mon sein, j’ai même détesté ce corps mutilé… Comment demander à un homme de l’aimer et d’y projeter une force érotique ?[/b] La reconstruction a été un moment important et même si ce n’est pas la solution miracle, c’est un bout d’espoir auquel s’accrocher ! Quand mon mari a eu une leucémie, la maladie l’a totalement transformé, physiquement : pas de mutilation, mais un corps en déshérence. Une perte musculaire importante et un poids en chute libre, qui ont bouleversé sa « cartographie corporelle » et nous avons appris à ré-aimer ce corps meurtri. Je lui devais bien ça…

    #10540

    Giovanna
    Membre

    merci Alinea de cette belle contribution…l’idée d’une cartographie corporelle mouvante, à redécouvrir, est très intéressante. Et très forte la confirmation d’être aimée par 1000 d’autres raisons que celle d’avoir deux seins.
    Par ailleurs, la représentation de soi passe forcement par le regard de l’autre. D’une part, chaque personne est impactée subjectivement par l’ablation, selon son histoire, sa personnalité, ses fonctionnements.
    D’autre part, même quand on assume complètement son propre vécu (ce qui n’est pas forcement obligé), la surprise de l’asymétrie dans une relation qui commence peut effectivement être anticipée avec beaucoup d’angoisse. Le dire ou ne pas le dire et attendre le moment venu? Faire confiance à l’autre au prix de trouver un mauvais accueil et subir le regard surpris?
    « [i]Au partenaire de décider s’il accepte ou pas, s’il aime ou pas, s’il surmonte l’épreuve ou pas[/i] »…comment éduquer l’autre à ne pas se sentir libre d’accepter ou ne pas accepter, mais simplement à aimer?

    #10539

    Alinea
    Membre

    J’ai eu le privilège d’avoir deux cancers : un au sein et l’autre à la thyroïde… Avec une ablation de l’organe touché à chaque fois ! C’est clair que l’ablation de la thyroïde a eu moins d’impact sur mon pouvoir de séduction. Il faut aussi comprendre qu’à chaque fois, c’est ma vie que je jouais, et j’avais déjà mes enfants, alors l’enjeu était moins fort. [b]Il n’empêche, la solution de la mammectomie est une véritable mutilation et que la première personne touchée par cette atteinte à son pouvoir de séduction est soi-même.[/b] [b]Principe de base, pour plaire, il faut d’abord se plaire. On est toujours le commercial de soi-même,[/b] et on est toujours plus à l’aise pour vendre un beau produit plutôt qu’une « daube ». Je crois que bien souvent, c’est d’abord la femme qui perd confiance en elle et en son pouvoir de séduction. Alors, les prothèses, c’est bien joli, mais comment expliquer à un homme (ou une femme) que vous avez séduit(e), que, attention, j’enlève le haut, j’enlève le soutif et là, surprise ! 2-1 = 1…

    Selon moi, c’est au long chemin, qui permet de s’accepter avec sa nouvelle géographie mammaire, une cartographie corporelle qu’il faut apprivoiser avant de la montrer aux autres. Le premier temps est forcément plus compliqué. Après, ça suit son cours. Au partenaire de décider s’il accepte ou pas, s’il aime ou pas, s’il surmonte l’épreuve ou pas. Pour moi, tout a changé quand il m’a dit : « [b][i]OK, tu n’es pas qu’un sein. Je t’aime pour mille autres raisons[/i][/b] ». J’ai eu de la chance d’avoir un mari exemplaire et attentif, qui ne m’a pas rejetée. Son attitude m’a permis d’accepter plus vite mon nouvel état. Au moins, il sait à quel sein se vouer…

    #10538

    COCCINELLE
    Membre

    Je ne crois pas un seul instant qu’un chirurgien puisse faire une reconstruction mammaire après une opération d’un cancer du sein, avant même les résultats de l’Anapath. Arrêter le délire, « opérée 5 fois, puis une seconde reconstruction  » c’est du grand n’importe quoi, à moins d’être aller chez Michel Maure à Marseille le boucher de l’esthétique. J’ai été instrumentiste, en neuro-chirurgie, et en chirurgie esthétique, et jamais jamais un chirurgien n’opère sans avoir en main les bilans qu’il lui sont nécessaires pour s’engager dans une opération.
    De plus c’est le choix de chaque femme de faire une reconstruction mammaire, pour son bien être physique et mental, et même si ce n’est que pour mettre un tee-shirt, ou un maillot de bain, on ne doit que la respecter et l’admirer pour son courage de recommencer à passer sur le billard, sans vraiment avoir la certitude d’un résultat satisfaisant. Toutes « ses » raisons sont bonnes, parce que se sont les siennes, ne nous regardent pas, et n’appellent aucun jugement de notre part, seulement qu’elle en soit heureuse
    Aujourd’hui j’ai une amie qui doit y repasser parce qu’elle à une PIP , elle prend la chose avec philosophie, « je vais en avoir une bonne, et une neuve ..sic  »

    Cela fait partie de la qualité de LEUR vie.

    #10537

    kiwfranc
    Participant

    Cancer Contribution pose la bonne question « Qu’en est-il du rapport au couple, voire de la notion de séduction ? »
    La notion de séduction ne peut intervenir, me semble t’il, que dans un processus d’acceptation de son corps et par soi et par son conjoint. C’est un long cheminement à faire à deux.

    #10536

    Cancer Contribution
    Admin bbPress

    Merci à toutes pour ces réactions passionnées et passionnantes. Par rapport à la question initiale soulevée par Kiwfranc quant aux conséquences affectives sur la vie des jeunes femmes, que pensez-vous ? En effet, l’ensemble des contributions vont dans le sens de la femme par rapport à elle-même, ou par rapport à l’image qu’elle renvoie. Qu’en est-il du rapport au couple, voire de la notion de séduction ?

    #10535

    Cathie
    Membre

    j’approuve et me reconnais totalement dans le commentaire de Sounion !

    #10534

    Sounion
    Membre

    Il me semble que l’étude accomplie par l’Institut Curie ne vise pas à orienter sur des bonnes ou des mauvaises pratiques, mais simplement à prendre en compte le fait que dans une population donnée de femmes ayant subi une mastectomie, une grande partie ne fait pas recours à la chirurgie reconstructrice. Cela ne veut pas dire que la reconstruction soit un symptôme de faiblesse, loin de là. Mais que si une femme se trouve devant l’obligation de subir une mastectomie, elle peut se sentir rassurée en sachant dès le départ qu’elle aura plusieurs choix après la chirurgie.
    Et que le choix appartient à la personne et non au regard que la société ou les soignants portent sur elle.

    #10533

    sitelle
    Participant

    C’est vrai qu’il faut laisser à chacune la liberté de ses choix. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise raison. Mon post sur la personne trop pressée n’était pas une critique, mais un avertissement d’un risque à envisager. Ton choix Fargence était le bon, pas seulement pour ta fille, mais parce que c’était le tien.

    #10532

    Fargence
    Membre

    Je déteste ces avis tranches (c’est le cas de la dire !) j’ai eu une reconstruction après une mamectomie bilatérale et ca n’était pas pour bien porter un maillot de bain mais parce que j’avais une petite fille de 15 mois et que je ne voulais pas paraitre différente des autres mamans, ayant moi même énormément souffert enfant d’avoir vu ma mère mettre des prothèses dans son soutien gorge après son cancer du sein.

    #10531

    Giovanna
    Membre

    Sur la mastectomie et la chirurgie réparatrice, finalement des chiffres. Du Parisien du 06.10.11:
    « Près des trois quarts des femmes ayant subi une ablation du sein après un cancer (70%) choisissent de ne pas se faire reconstruire, selon une étude réalisée à l’Institut Curie, diffusée jeudi 6 octobre. Pour la majorité des femmes interrogées (80%), il s’agit d’un choix entièrement personnel.
    Interrogées sur les raisons qui ont pu les pousser à ne pas se faire reconstruire, les sondées réfractaires évoquent avant tout le besoin d’éviter une nouvelle opération (56%).
    Suivent l’acceptation de l’asymétrie de leur corps (38%), la peur du risque de complications (29%), ou encore l’âge avancé des patientes (25%).
    Cette étude a été réalisée à l’Institut Curie auprès d’un échantillon de 1.937 patientes ayant subi une ablation du sein entre janvier 2004 et décembre 2007. Un questionnaire a également été envoyé à 10% des patientes n’ayant pas eu de reconstruction (132 patientes) pour décrypter leurs raisons. »
    Amazones, pour la plus part silencieuses, qui assument leur choix de femmes.

    #10530

    sitelle
    Participant

    On voit des réactions très différentes d’une personne à l’autre. Certaines exigent même une reconstruction immédiate, et j’en connais qui ont dû subir cinq interventions parce que la reconstruction avait été faite ‘dans la foulée’ avant même les résultats de l’anapath. Le résultat est qu’il a fallu tout défaire, avec la chance de pouvoir conserver la peau intacte pour refaire après traitements, une seconde reconstruction…Toutes n’ont pas cette chance. Tout ça pour se mettre en maillot de bains l’été suivant. Le problème est souvent celui de savoir où se situe l’identité ‘femme’. Si c’est dans la présence ou l’absence d’un attribut certes emblématique, ou dans la conscience d’être femme. Encore une question d’être et de paraître. Mais il est vrai que les ‘autres’ ont parfois un regard différent sur une femme qui à leurs yeux est mutilée. Auraient-ils le même regard sur un homme qui porte des lunettes ou qui a une prothèse auditive? Trop d’importance à mon avis est portée à l’apparence et pas assez à la qualité de la vie.

    #10542

    Alinea
    Membre

    Visiblement, ma contribution d’hier a suscité des réactions diverses et fortes. Bien évidemment, le mot « privilège » est à prendre au 18.000e degré. L’humour et l’autodérision sont les meilleures armes face au destin qui frappe. Je suis désolée si j’ai pu choquer certains d’entre-vous, et je vous prie de m’en excuser. Ce qui ne me fera pas renoncer à l’humour et à l’autodérision…

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