Une histoire de décision partagée

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Ce sujet a 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour par  CancerContribution, il y a 3 ans.

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    METEOMARINE
    Participant

    J’ai mis quelques semaines, (mois ?), avant d’en arriver là avec le médecin qui, à cette époque, était mon référent au centre où j’étais soignée.
    Résumons. Les deux premières consultations : la sidération. Rien à dire. Rien qu’à digérer, à se laisser faire, se laisser explorer, se laisser dire, se laisser ordonner CHIR/6 CHIMIOS/25 RT + hormono. Traitement standard, me disaient mes amies. Je ne disais rien. Je digérais. Pourtant, je suis une causeuse, une discuteuse, une négociatrice, une qui demande toujours pourquoi, pourquoi la terre est ronde, le ciel bleu, la nuit noire, pourquoi j’ai un cancer ? Mais là : mutique.
    Et un jour, le pourquoi est revenu à la surface, et tout ce qui vient avec. Ce « jeune homme », oui il n’était pas blanchi sous le harnais, m’expliquait en fixant l’écran de son PC, comment se passerait la RT, ce que c’était que la RT, il m’inondait de sa science, sans me regarder. J’aurais pu ne pas être là. Il faisait un cours.
    Ça a fusé : Puis-je vous poser une question ?
    Il me regarde satisfait : enfin, elle parle !!!
    « Pouvez-vous me regarder dans les yeux et me parler en français, s’il vous plait ? »
    Ébahi, le radiothérapeute. Il me demande ce que je ne comprends pas. Je lui réponds que je comprends tout, que je sais ce qu’est un accélérateur, des rayons X, leur action, mais il pourrait me le dire autrement que dans son langage vernaculaire. Et, dis-je, vous m’aviez parlé de 25 RT et là, j’en entends 33.
    C’est à ce moment que la controverse entre nous a commencé. 25+8 d’un côté. 33 de l’autre. Pareil, pas pareil. Épuisant. J’ai fini par avoir l’explication de la différence entre les 25 et les 8 suivantes. J’ai fait les 33 séances, et est venu le jour des anti-aromatases.
    Je ne les sentais pas. Monsieur le Référent ne savait pas m’expliquer de manière satisfaisante la différence entre les 2 molécules. Mes pourquoi se perdaient dans le vide. Sournoise, j’en savais de plus en plus, grâce aux bons sites web, canadiens ou étasuniens, sur lesquels je surfais et qui expliquent.
    Mais lui me disait que c’était pour mon bien. Pour mon espérance de vie. La situation était, de consultation en consultation, de plus en plus tendue. Il avait fini par admettre que lui, et la RCP ne savaient pas tout, qu’il y avait une partie de doigt mouillé. Mais il avait prescrit. Et j’avais pris.
    Vite, la qualité de ma vie se dégrade. Je lutte, je dis « pas moi ». Nous sommes beaucoup à l’avoir connue, cette chute. La mémoire en lambeaux. Les nuits blanches. L’aiguille de la balance qui grimpe. Les os douloureux, les mains malhabiles, les verres cassés, les amis qui ne comprennent plus. Je résiste, mais c’est plus fort que moi aussi un jour je lui dis : j’arrête. Il me parle d’espérance de vie, je lui réponds qualité de vie. Je lui dis qu’une longue vie en désespoir n’est pas mon avenir. Que les rails du métro m’attirent. Que j’arrête parce que je veux vivre.
    J’arrête et je lui dis, je vais mieux. Il continue son œuvre de persuasion mais j’entends qu’il la sent moins bien. Il me propose du Tamoxifène. Une lumière rouge clignote dans ma tête. Je lui propose de regarder ensemble le Vidal, pour en analyser les effets spéciaux, et j’en pointe un. Rare, mais majeur. Je lui dis, consultez le compte-rendu de ma consultation pré-anesthésique. Je suis cette contre-indication-là. Je vous le répète, je veux vivre
    C’est le silence dans la salle de consultation. Quelques secondes de silence. Puis il range son ordonnancier, me regarde dans les yeux, me prend les mains et me dit « Madame Météomarine, je vous fais confiance ». Nous avons pris cette décision tous les deux. Il connait bien son métier, je connais bien mon corps. Nous avons partagé cette connaissance. Tant qu’il a été mon médecin référent, nous avons été complémentaires.

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  • #16702

    CancerContribution
    Admin bbPress

    Un article paru dans la presse
    ( ici : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/08/23/25320-traitement-cancer-peur-multiplie-effets-secondaires )
    souligne l’importance d’une bonne relation médecin / patient afin d’améliorer l’adhérence au traitement et de diminuer les effets secondaire.

    En Facebook, C. C., réagit : « Et oui! c’est vraiment ce qui fait souvent défaut, une bonne relation soutenante et bienveillante…j’ai pour ma part attendu plusieurs mois avant de débuter mon hormonothérapie, tellement les effets secondaires me terrorisaient (surtout après chimio, radiothérapie, mastectomie), et ce n’est pas grâce aux médecins que j’ai enfin pris la décision…c’est grâce à des témoignages, à mon entourage très partie prenante et surtout à une compréhension du bien-fondé par rapport aux effets indésirables…ils existent certes mais restent surmontables. »

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