Guérison, Rémission, Chronicisation…

L’édito DDcalé du 7 mars 2014.

Ces mots résonnent différemment pour les malades et les professionnels de la santé. En allant cette semaine au Café de la Recherche de la Fondation Arc, j’ai constaté –et ce n’est pas une découverte- que les orateurs présents avaient parfois du mal à répondre aux questions des participants concernés de près ou de loin par un cancer ; du mal à avoir le même niveau de discours.

Ce n’est pas une critique, d’autant qu’il s’agissait de chercheurs, qui ne sont donc pas confrontés aux malades au quotidien. Au passage, ce genre d’exercice ne peut leur faire que du bien. Durant les deux heures intenses de questions/réponses, des mots ont été prononcés avec souvent des résonances différentes dans la bouche des participants et celle des répondants ; notamment sur le triptyque guérison/rémission/chronicisation. Le mot guérison est tellement dur à faire prononcer par les médecins et pourtant si essentiel à entendre de la part des personnes touchées. Les professionnels préfèrent se réfugier derrière ce mot de rémission, période suivant les traitements sans signe de rechute.

Et pourtant, il y a des critères qui leur permettraient d’être un peu plus affirmatifs. Pour chaque cancer, une durée de rémission est estimée après laquelle le risque de rechute est quasi nul. Le diable est dans les détails et ici dans le quasi. Les professionnels de santé se protègent-ils eux-mêmes ? Le calcul n’est bien sûr n’est pas si simple car d’autres critères entre en jeu, comme le stade, l’avancée du cancer et l’éventualité de métastases -encore un mot barbare qui veut dire que le cancer initial se diffuse vers d’autres parties du corps. Et pourtant, derrière ces grilles statistiques et impersonnelles, il y a des hommes et des femmes qui veulent savoir où ils en sont, eux. Paradoxalement, les avancées de la recherche renforcent ces incompréhensions.

Les cancers sont mieux connus, mieux segmentés. Et je dis bien LES cancers. S’il y a un schéma commun d’action des cellules cancéreuses, il y a de grandes différences entre une leucémie et un cancer du pancréas. Et même pour un organe donné, nous devrions parler des cancers du sein, des cancers colorectaux… Par exemple, On différencie bien des cancers du poumon causés par le tabac et d’autres qui ne sont pas liés. En fait, il faut voir le cancer, non pas comme une maladie mais comme un domaine médical, comme la cardiologie, l’infectiologie… avec la spécificité de la dimension transversale – il peut toucher beaucoup d’organes.

La diversité et la complexité des cancers compliquent donc la terminologie. Et comme si cela ne suffisait pas, on parle aujourd’hui de chronicisation du cancer. Là encore, les raccourcis sont malheureux. Il ne s’agit pas de chronicisation des cancers mais de certains cancers dont l’issu était jusqu’alors très sombre pour les malades concernés. Plus de 60% des cancers se guérissent. Et cela progresse d’année en année. La recherche s’intéresse particulièrement au 40% qui reste. Elle arrivera à en guérir de plus en plus ; et c’est heureux. Mais dans d’autres cas, la médecine arrive à stabiliser la maladie, à bloquer sa progression. Là, on peut parler de chronicisation qui permet à des malades qui, hier auraient été condamnés d’avoir un demain et vivre parfois très longtemps avec une bonne qualité de vie…. Malades et professionnels doivent apprendre à se comprendre ; et cela va bien sûr dans les deux sens.

Damien Dubois

3 commentaires sur “Guérison, Rémission, Chronicisation…”

  1. relayé sur la Page que j’anime, où toute participation sur ce thème est bienvenue 🙂 [url]https://www.facebook.com/pages/Cancer-R%C3%A9mission-Gu%C3%A9rison/314200941948544[/url]

  2. Merci Martine,
    encore récemment, l’évocation du droit à l’oubli par le Plan Cancer a essayé de trancher sur cette distance sémantique toujours présente entre professionnels et personnes ayant eu un cancer.
    Et pourtant, l’avancement de la recherche montre la spécificité de chaque pathologie : aux congrès médicaux, on entend à maintes reprises que le cancer est différent sur chaque malade, que les traitements se personnalisent en fonction des caractéristiques moléculaires, que le cancer n’est pas une maladie mais une modification cellulaire générée par des causes multiples et sujette à des évolutions très variables.
    Donc, pourquoi utiliser ce schéma si prudent pour définir les issus de la maladie? Pourquoi célébrer comme un acte de courage le médecin qui parle de guérison? Pourquoi ne pas échanger le modèle et parler définitivement de personnes guéris ou bien de personnes ayant une maladie chronique, notamment un cancer?
    Encore une fois on voit bien que le point de vue des malades aurait bien intérêt à être intégré dans les pratiques de professionnels.

  3. Je remarque sur le forum rémission/guérison que j’ai ouvert sur Facebook de grandes divergences entre les réactions des patients : certains se considérant guéris (alors qu’une rémission n’a pas été annoncée), d’autres qui intègrent parfaitement leur nouveau statut et viennent annoncer leur rémission. Beaucoup d’interrogations sur les risques de rechute.. Le terme « chronicité » n’y figure pas encore mais il semblerait qu’il fera partie du nouveau vocabulaire en vogue.
    Voici le lien vers ce forum qui est public et modéré https://www.facebook.com/notes/ensemble-contre-le-cancer/r%C3%A9missiongu%C3%A9rison/10150534558618877

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