Hypnose, méditation et Cie : phénomène de mode ou révolution copernicienne ?

par Lauriane Bordernave, , médecin anesthésiste à Goustave Roussy

 Les toubibs ont une connaissance inouïe de l’infiniment petit :
« Voyez-vous, la chimiothérapie va s’attaquer aux cellules cancéreuses.
– Ok Docteur. Et qu’est ce qu’on fait pour les autres ?
– Les autres quoi ?
– Et bien, les autres cellules… Celles qui travaillent à la Vie.»

Quand le corps s’en va-t-en guerre, comment s’accorder des trêves, prendre un peu de temps dédié au repos et à la réconciliation, et pas seulement au combat ? Traverser les symptômes et les émotions avec plus de force, au lieu d’avoir l’impression de nager à contre courant en eaux vives ou de marcher dans le blizzard ?

Malgré l’accès à une médecine moderne super performante et hyperspécialisée, beaucoup de personnes malades ont recours à des médecines complémentaires, appelées tour à tour et à tort : alternatives (faut-il vraiment choisir ?), douces (la médecine conventionnelle serait-elle dure ?) ou parallèles (y aurait-il deux médecines destinées à ne jamais se rencontrer ?). Des médecines auréolées de fantaisie ou de mystère, car méconnues, et chargées d’histoire et de croyances en tout genre. Mais enfin, si les patients se tournent naturellement vers ces pratiques, admettons qu’il manque un petit quelque chose dans ce que nous proposons, dans notre fameuse « prise en charge ».  L’intérêt pour ces techniques semble croissant mais l’offre reste pauvre. Les hôpitaux sont encore frileux, les pratiques balbutiantes et marginales. Au mieux, certains docteurs envoient leurs patients dans de telles consultations avec parcimonie, ou en dernier recours, quand ils sont à cours d’idées allopathiques.

Pourtant, ces pratiques sont validées scientifiquement et ont largement fait leur preuve. Des études solides sont publiées dans des revues médicales de renom et permettent à ces techniques de s’inscrire sans rougir dans le grand ensemble de l’Evidence Based Medicine (médecine basée sur les preuves).  Certaines donnent des résultats incontestables sur les douleurs, l’anxiété, la fatigue, les nausées, etc. : ces symptômes qui empoisonnent l’existence pour lesquelles la médecine conventionnelle est parfois insuffisante, ou impuissante, voire expéditive et négligente.

Cerise sur le gâteau : ces pratiques respectent le cahier des charges d’un bon traitement : bénéfices démontrés, innocuité et faible coût.

Enfin, et ça n’est pas rien, ces techniques mobilisent par essence les ressources de la personne. C’est peut-être aussi là où le bas blesse : leur faire une place, c’est reconnaître une bonne fois pour toute que c’est bien le patient qui a les clés de sa maison…

Pour toutes ces raisons, l’hypnose et ses cousines peuvent légitimement faire leur entrée dans la cour des grands. Que les sceptiques se rassurent : ni mode, ni révolution, ces médecines ne volent pas la vedette aux thérapeutiques moléculaires dernier cri. Elles participent juste discrètement à une mission fondamentale de la médecine : prendre Soin.

Hypnose, méditation de pleine conscience, qigong, art-thérapie, etc. : qu’importe le flacon… Pourvu qu’il y ait plus de tranquillité ; pour retrouver du souffle, de la vitalité, des possibles. Pour recréer un monde sensationnel au sens littéral du terme, remettre de la couleur, de la musique et du mouvement là où il n’y en a plus.  Et conjuguer sans complexe la médecine qui guérit et celle qui soulage.

Quelle place pour les médecines complémentaires ? Le débat continue ICI !
 
Article publié le 18 juin 2014, dernière mise à jour le 25 mars 2016.

5 commentaires sur “Hypnose, méditation et Cie : phénomène de mode ou révolution copernicienne ?”

  1. Voila un vrai sujet. Personellement, je me suis mis a la pratique de la pleine conscience ( Mindfulness Based Stress Reduction) apres la chimio seulement, pour la simple raison que je ne l’avais pas decouvert avant. La meditation de pleine conscience m’a beaucoup aide a mieux suporter les douleurs ( neuropathies et douleurs articulaires ) sans doute dues aux metaux lourds, ainsi que les phases de fatigue. Cela m’a beaucoup aide a accepter le changement de vie et de condition physique suite a la maladie. Je ne peux qu’encourager vivement toute personne dans cette situation a decouvrir cette approche. Ceci dit, elle n’apporte quelque chose qu’a la hauteur de la constance et de la rigueur avec laquelle on s’y investi: c’est plus exigeant qu’un traitement par telle ou telle molecule!

  2. Bonjour et merci pour votre contribution qui touche deux points importants : d’abord le fait que l’on peut s’approcher aux pratiques comme la ‘mindfulness’ (mais aussi la méditation, ou le yoga…à chacun le sien !) pendant les traitements conventionnels contre le cancer…car il n’y a pas d’opposition entre les deux, mais complémentarité ; ensuite, comme vous le dites, ces pratiques sont efficaces grâce à l’engagement personnel et elles ont donc le mérite de mettre le patient au centre de l’action…
    Encore merci pour votre témoignage : espérons que ces expériences positives aident à accepter une bonne fois pour toute ces médecines « complémentaires »…

  3. Il y a 6 ans, j’étais soignée dans un centre de lutte certainement pionnier dans ces pratiques : yoga, qi gong, sophro, art thérapie étaient à la carte de la Maison des Patients. J’ai choisi qi gong, juste après la chir, avant d’entamer les traitements. Et j’ai pu poursuivre pendant près d’un an.
    Il est sûr que cela m’a aidée à passer le mieux possible au travers de ces épreuves, en sortant renforcée et bien droite de chaque séance. J’ai continué ensuite.
    Puis est arrivée la récidive, et après le qi-gong, j’ai enchaîné sur le karaté (à la CAMI dont on ne dira jamais assez de bien), la marche rapide et l’hypnothérapie, qui efface les douleurs de l’échec par des voyages magnifiques dont on ressort l’esprit en paix.
    Il y a, dans ces pratiques, le plaisir, le plaisir de retrouver son corps, de lui faire faire des exploits, le plaisir de laisser son esprit s’envoler. Et avec ce plaisir, le corps sécrète des endorphines, assez puissantes pour qu’on oublie la douleur et la mauvaise fatigue.
    Il y a dans ce dépassement un soin à part entière, un soin qui mobilise le corps et la conscience.

  4. [i][b]TELLEMENT BIEN APRÈS !…..[/b][/i] Extrait…

    Souvent , je pense à tous ceux et à toutes celles qui se sont trouvées ou qui se trouvent dans cette situation, qui luttent en silence… qui se sentent impuissants….

    Le Sport m’a offert des voyages, dans la Méditation, le Médiété, le Karaté ( la CAMI)
    J’ai pris tous les trains…

    [i]’’ L’activité physique est la seule chose qui corrige la fatigue  » (Th.Bouillet)[/i]

    …La pratique du karaté m’a fait prendre conscience des parties oubliées de mon être, il m’a appris à ’’re-connaître’’ mon corps, à le faire ’’re-naître’’ , il m’a permis d’utiliser les armes naturelles que je portais en moi, bien enfouies, incroyable découverte, incroyable bien-être aujourd’hui,

    …Ce sport a été un révélateur de moi-même, une lutte contre mes habitudes, la facilité, une autre façon de me mouvoir, de respirer, de marcher, de penser.

    ….Mon seul but était de sortir de cette emprise, elle m’a obligé à réinvestir dans l’inconnu, c’est cela qui me faisait peur.

    [i]‘’ Si vous pensez que l’aventure est dangereuse,
    je vous propose d’essayer la routine….
    Elle es mortelle ‘’ (Paulo Coelho)[/i]

    …La maladie a été mon pire ennemie, le Sport mon meilleur ami, le meilleur de mes médicaments, et il est encore … je continue….

  5. Merci Meteomarine et Coccinelle pour vos paroles et pour avoir partagé vos expériences : des beaux exemples de comment trouver un moment de trêve et de réconciliation au milieu d’un combat.

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