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Immunothérapie : tous les espoirs sont permis ?

L’immunothérapie suscite l'enthousiasme et les espoirs des cancérologues mais aussi des patients: quelles en sont les raisons ?

Premièrement, avec l’immunothérapie nous assistons à un véritable changement de paradigme en termes de traitement : « Si avec la chirurgie et les rayons, le cancer était traité comme une maladie localisée, aujourd’hui, c’est différent - explique le Pr Jean-François Morère, chef du service d’oncologie à Paul Brousse (Villejuif) - Déjà, la chimiothérapie appréhendait le cancer de façon plus globale ; mais là encore, il s’agissait de cibler - et de détruire - les cellules cancéreuses - et accidentellement, les cellules saines. Avec l’immunothérapie, l’aspect de 'traitement global' se renforce : l’objectif est celui de solliciter une réponse du système immunitaire pour que le corps du patient réagisse contre la maladie ».

Venons-en à la deuxième raison qui suscite autant d’attention autour de l’immunothérapie : en agissant directement sur le système immunitaire, son action peut être prolongée dans le temps, sans besoin de continuer le traitement :  « L’immunothérapie est un prince charmant qui réveille la belle au bois dormant, les leucocytes T - confirme Olivier Mir, oncologue à l'Institut Gustave Roussy - mais un prince charmant qui après avoir joué son rôle s’en va, et laisse le système immunitaire faire son travail » : bref, un moderne conte de fée.
Enfin, elle donne des options de traitements face à certains des cancers dont le pronostic est aujourd’hui parmi les plus néfastes, comme celui du foi et celui du poumon. Zoomons maintenant sur certains cancers plus spécifiquement.

Focus - Cancer du foie
La recherche d’un traitement contre le cancer du foie  devient d’autant plus intéressante que l’incidence de ce cancer a presque doublé pendant les derniers 15 ans ; actuellement, le cancer du foie est traité par la chirurgie - quand le stade de la maladie le permet. Dans les cas avancés, la seule option possible, à part la transplantation, est la chimiothérapie par Sorafenib.
Une étude en phase I / II a testé l'anrticorps Nivolumab sur une cohorte de 47 patients atteints de cancer du foie à un stade avancé et la réponse a été positive, c’est-à-dire qu'une réponse a été observée chez 19% des patients. Dans deux cas, la réponse a été complète ; c’est-à-dire que la maladie a disparu.

Focus – Cancer du poumon
Le Nivolumab s’est démontré efficace aussi contre la forme la plus répandue de tumeur du poumon dite "non à petites cellules".
Un essai en phase III a mis en évidence que les patients traités par Nivolumab ont bien répondu au traitement et le résultat démontre, par rapport au groupe témoin traité par chimiothérapie (Docetaxel), un gain de trois mois supplémentaires de survie, avec une toxicité plus réduite.
Que de bonnes nouvelles ? De très bonnes nouvelles, sûrement, mais beaucoup de points d’interrogation : malgré les réponses encourageantes, l’immunothérapie ne marche pas pour tous les patients ; le deuxième questionnement concerne les effets secondaires, notamment à moyen et long terme, qui doivent être plus attentivement étudiés.

Mise en ligne : 06/14/2015

Dernière mise à jour: 06/20/2016

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