Interviews

« La Femme d’Après » sous les feux

Se reconstruire après un cancer grâce au théâtre. Telle est la proposition de Monica Espina, metteuse en scène. Elle invite les femmes qui ont été confrontées au cancer du sein à extérieur, à s'exprimer sur leur vécu. Cette démarche aboutit également à une réflexion sur « l'après ».

Je rencontre Monica à « La cagnotte », un petit bar fréquenté pas les intermittents du spectacle, rue de Belleville ; le quartier où Monica a longtemps vécu, a été malade, a créé ses projets...

KC - Monica, comment est née cette idée d'atelier de théâtre ?
ME - Le projet "La Femme d'Après" vient de loin, de mon expérience personnelle de la maladie. J'ai connu le cancer du sein en 2003, un épisode sans trop de conséquences et, à nouveau en 2010. Cette fois-ci, j'ai dû entamer une chimiothérapie. A ce moment, j'ai commencé à écrire mon expérience, sans donner à mon texte une forme aboutie. J'étais d'ailleurs prise par d'autres projets, notamment une collaboration avec le Théâtre de la Ville ; et mes réflexions sont restées de côté pendant un moment.
Puis, en 2013, j'ai décidé, avec la compagnie Quebracho Théâtre, de présenter un projet lié au cancer du sein dans le cadre du programme « Culture à l'hôpital », qui associe un espace de soin et un espace de culture : pendant une année nous avons cherché des partenaires, et nous avons établi des collaborations avec l'Hôpital Tenon, dans le XXème, où j'avais fait des radiothérapies, et le théâtre du Tarmac.

QuebrachoKC -  A qui est dédié cet atelier ?
ME - Les participants sont des personnes qui ont eu un cancer du sein ; principalement des femmes -mais, il y a également un homme. Eh oui, le cancer du sein ne regarde pas que les femmes ! Ils sont tous en rémission et n'ont pas forcement d'expérience théâtrale, au contraire ! Je propose d'abord une rencontre, pour échanger et pour connaitre leur histoire, leur vécu. Par la suite, nous nous retrouvons une fois par semaine pour un atelier de travail de trois heures.

KC -  Ce sont donc des personnes qui ont fini leur traitement ?
ME - Oui, ils ont terminé la phase de soin ; ils ont encore, bien-sûr, des rendez-vous de suivi, mais j'ai eu envie de me focaliser sur l'après-cancer . En effet, il s'agit d'une période qui ouvre à plusieurs interrogations, notamment sur la reprise d'une vie « normale », alors que la maladie nous a changés. Et on se retrouve souvent sans protection, perdu.
Cependant, ce projet ne se veut pas être un groupe de parole ou de l'art-thérapie. En effet, pendant les ateliers nous ne parlons pas de l'expérience de la maladie en elle-même.

KC -  Justement, dans la pratique, comment se déroule l'atelier ?
ME - Très simplement. Je le mène comme n'importe quel atelier avec un public d'amateurs. Je commence par une mise à niveau des participants, mais l'idée est de s'amuser et de découvrir. Après la maladie grave, on trouve souvent l'envie et le courage de se lancer dans des expériences nouvelles ; pourquoi pas le théâtre, qui est aussi un moyen pour se réapproprier son corps ?
Au début, il n'y a pas de texte à jouer. J'introduis petit à petit des morceaux, mais il n'y aura qu'un vrai texte plus tard, peut-être au mois de mars. J'écrirai quelque chose nourrie par les premières rencontres et les conversations que nous avons eues, à propos de la féminité et de comment elle change, de l'hérédité et de la filiation, de la mortalité...

KC -  Le travail de cette année aboutira à un spectacle...
ME - Exactement, Il sera présenté à l'occasion d'octobre rose puis à d'autres occasions. Il sera également concrétisé par une installation plastique. Nous travaillons pour cela avec une artiste plasticienne, Ursula Kraft, et l'objectif est de pouvoir faire tourner le spectacle dans les hôpitaux, qu'il devienne une invitation à dédramatiser et à sensibiliser sur le cancer et sur les malades, à considérer la maladie comme une partie de la vie et non pas une identité qui définit à jamais une personne.

Merci Monica !

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En savoir plus sur les ateliers "La femme d'après"
Quand ? Le mardi matin, de 10h à 13h
Où ? Au Théâtre du Tarmac, 159 avenue Gambette, 75020 Paris
Pour qui ? Toute personne en rémission d'un cancer du sein ; aucune expérience théâtrale précédente n'est nécessaire pour y participer.
C'est combien ? Gratuit !
Place disponible ? Oui, les personnes intéressées peuvent encore rejoindre le projet

 

Bio
monica espinaMonica Espina est une metteuse en scène argentine qui vit à Paris. Elle collabore regulièrement avec la compagnie Quebracho Théâtre. Elle y développe son activité à partir des écritures contemporaines et de la recherche de nouvelles formes théâtrales pluridisciplinaires. Pendant plusieurs années, elle s'est aussi consacrée au travail avec des comédiens amateurs, notamment en milieu carcéral.

 

 

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