L’annonce du cancer toujours problematique

 

C’est ce qui a émergé lors de la présentation de l’étude VICAN2 « La vie deux ans après un diagnostique de cancer » pilotée par l’Institut National du Cancer.

VICAN2« L’annonce d’un diagnostic de cancer constitue un moment à la fois difficile et crucial dans la relation thérapeutique. C’est une épreuve traumatique pour le patient et ses proches, comme pour le médecin,
confronté à la violence et à l’impact émotionnel des informations qu’il donne. L’annonce de la maladie bouleverse l’existence du patient et des siens, elle engendre de multiples craintes, liées notamment à la place singulière du cancer dans l’imaginaire collectif, comme à la perspective de devoir subir des traitements lourds aux séquelles permanentes (chirurgie mutilante, radiothérapie, chimiothérapie…) … L’annonce du diagnostic de cancer est donc porteuse d’enjeux importants, et c’est la raison pour laquelle de nombreux guides de bonnes pratiques ont été élaborés pour aider les médecins à mieux communiquer le diagnostic de cancer à leurs patients ».


Et pourtant, la comparaison entre les résultats d’une première enquête du 2004 et la suivante en 2012 montre que le tableau est loin d’être parfait.

Tout, d’abord qui annonce le cancer ? Le plus souvent il s’agit d’un chirurgien, un médecin d’hôpital ou le médecin généraliste. Mais il existe encore un frange d’employés de laboratoires d’analyse ou de centre de radiologie qui délivrent l’information du diagnostique, notamment auprès des femmes atteintes d’un cancer du sein (un tiers d’entre elles). Avec quelle formation? Dans quelles conditions? avec quelle légitimité? Mystère !

Pour ce qui est des modalités, fort heureusement l’annonce par téléphone s’est largement réduite … mais pas encore pour  les femmes ayant un cancer du sein, qui reçoivent l’information au bout du fil une fois sur deux et particulièrement par le médecin généraliste. Comment s’étonner que ces femmes trouvent l’annonce « brutale »? 

C’est exactement ce qui relève de l’enquête: la brutalité est associée à une annonce par un non médecin ou pas en face-à-face,  elle émerge auprès des femmes,  des personnes jeunes et des personnes de milieu socio-économique moins élevé.

Les chercheurs proposent l’hypothèse que les hommes se retiennent de définir l’annonce brutale par une sorte de fierté masculine qui évite l’aveu de faiblesse.  Concrètement : je suis un homme et je ne veux pas montrer mes peurs.

Mars VenusUne deuxième hypothèse, émergée lors d’un échange avec Stephane Korsia-Meffre de l’association France Colon, expliquerait cette meilleure appréhension des hommes par l’adoption d’un langage du cancer liés à des représentations très masculines : les images de guerre, le fonctionnement mécanique de la chirurgie… un environnement assez loin des symboles utilisés par la population féminine. 

Mais, au delà des hypothèses, il reste néanmoins que les annonces demeurent des moments traumatiques et que la mise en place des dispositifs ne préserve pas des failles et des bugs qui s’avèrent dans la réalité.

Ce constat est d’autant plus vrai dans le cas des personnes issus d’un milieu socioculturel moins favorisé. Les chercheurs de VICAM2 pensent que ces malades pourraient recevoir des informations moins détaillées et moins nuancées à cause de représentations que les professionnels  fondent sur des signes extérieurs d’appartenance à une catégorie sociale spécifique. 

Dernier point majeur : la proposition de consulter un psychologue, un infirmier ou un assistant sociale varie fortement selon la gravité du diagnostique, le genre et l’âge. Les soignants auraient tendance à penser que les hommes et les personnes âgées ont moins besoin d’un psychologue que non les femmes ou les personnes jeunes.

Comme quoi, les stéréotypes sont longs à partir et nous avons encore une bonne marge d’amélioration : restons vigilants !

 

 

 

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