L’annonce d’un cancer

>  Le dispositif d’annonce date de 2003 : Onze ans se sont écoulés depuis et pourtant le modèle de l’annonce n’est pas pratiqué de façon égale partout.

« …Beaucoup de patients passent entre les mailles du filet de ce merveilleux dispositif, car ce dispositif est pensé pour l’hôpital. Or, bien des malades apprennent cette nouvelle en dehors, via le radiologue ou le médecin traitant, lesquels ne sont pas formés à l’annonce… ».

> Le point de vue des professionnels est par ailleurs également insatisfaisant : « Lors d’une première visite, il y a forcément un doute. Le diagnostic du cancer ne peut pas se faire en une fois, ni en un jour. Il faut faire des examens et nécessairement, cela dure. Et dès qu’il y a une certitude, il faut s’adapter au patient que l’on a face. Prononcer le mot cancer, cela prend deux secondes et c’est brutal, forcément brutal. Le passage de l' »annonce » ne peut qu’agresser. Puis, dès que le mot cancer est dit, on rentre dans une autre dimension. Les réactions sont diverses et inattendues. Et le médecin est contraint par le temps. On est dépendant de cette contrainte temporelle et économique. Cela stresse aussi le médecin. Pour le médecin, cela n’est pas facile à gérer. Dans les centres de cancérologie, on a 30% des médecins en situation de burn-out. La première chose qui manque, c’est le temps. Et l’on n’a pas de formation spécifique et, quoi qu’il en soit, il n’y a que l’expérience qui permet de mieux gérer chaque nouveau cas. « Parfois, on a 15 annonces par jour ! » et il faut tenir compte du parcours de chaque patient. »

L’évolution des pratiques est indubitable depuis le Plan Cancer:   désormais l’on sait qu’il ne faut plus faire d’annonce par téléphone et qu’il ne faut pas faire l’annonce un vendredi. Quant au médecin de ville, il porte une responsabilité énorme, qui peut le dépasser. Par ailleurs, aujourd’hui, un travail émerge dans le domaine de la « décision partagée » (partagée entre le médecin et le patient), ce qui représente un processus complexe. Car le patient doit admettre que, parfois, le médecin ne sait pas. Et d’autre part, les médecins on leur a appris qu’ils savaient. Ils sont censés savoir et connaître la maladie et il leur est impossible de passer de la statistique au patient. « Le médecin gère en permanence de l’incertitude et chacun doit l’accepter. Or, personne, ni d’un côté ni de l’autre, ne l’accepte. Quand un médecin tombe malade, il écrit un bouquin pour (d)écrire l’autre côté du miroir, preuve qu’il ne connaît pas cette partie, vue du côté du patient« .

>  De nombreuses contributions montrent qu’il faut permettre au patient de s’impliquer dès le moment de l’annonce. Le traitement ne se faisant pas sans lui et sa motivation, il doit se sentir associé aux différentes étapes qui vont jalonner son parcours de soins. « Demander aux malades de prendre des notes, ne pas faire l’annonce devant quelqu’un de seul mais accompagné d’un proche sont aussi des idées qui me viennent en vrac ». Et encore : « L’annonce a très souvent les caractéristiques d’un traumatisme et cela vient d’un état de passivité. Ce n’est pas vrai dans d’autres pays, où l’annonce n’est pas toujours vécue comme un choc traumatique. Ça peut être choquant mais ça ne devrait pas être traumatisant. La seule technique, c’est de mettre les patients dans une position active et de leur permettre de reprendre la main sur ce qui se passe, par exemple en engueulant son médecin ! »

> Pourquoi ne pas développer un dispositif d’annonce de rechute ? Les patients ne sont pas plus préparés à la rechute qu’à la première annonce de la maladie. Aussi, durant la première annonce, la question de la rechute devrait être abordée même partiellement.

« il y a un sentiment d’échec qui s’ajoute à la vulnérabilité et qui explique que c’est plus dur. Le patient sait par quoi il va devoir repasser. Et là, sur le dispositif d’annonce, il n’y a rien ! » »

« La rechute éventuelle devrait être évoquée dès le premier traitement (taux statistique, procédure de contrôle post-intervention, fréquence, nature et SI rechute alors procédure, nature etc…) ce n’est pas inquiéter inutilement, c’est préparer les « guéris » à faire face à une éventuelle rechute ».

« La rechute, pour un médecin, c’est un échec et il est difficile de gérer cela ! » Une patiente : « je me souviens de la tendresse d’une main tendue et ça, c’est précieux ; ça reste un souvenir fort. »

> Dans la pratique, malgré la reconnaissance de la « personne de confiance » par la loi Kouchner les désignations faites dans les établissements de santé sont très peu nombreuses. Les soignants ne font pas toujours la différence entre la « personne à prévenir » et la « personne de confiance ». Par sitelle : « D’où peut-être l’importance de la « personne de confiance » pour faire quand nécessaire le lien, quand ce n’est pas le joint, entre le malade et le médecin […] ».

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