Soins de support : la socio-esthétique

Dans le cadre de notre enquête TemA Cancer les usagers ont souligné la nécessité d’un meilleur accès aux soins de support.

Afin de donner une vision plus complète des soins de support – mais aussi d’appréhender le Marie Anne profilsujet d’un autre point de vue : celui du praticien qui délivre le soin. Nous avons interviewé Marie Anne Conorgues, socio-esthéticienne, spécialiste des effets indésirables des traitements anticancéreux.

Le premier plan cancer intègre la socio-esthétique parmi les soins de support en oncohématologie, en reconnaissant la nécessité de la prise en considération des altérations de l’image corporelle liées à la maladie et au traitement.

Quel est le rôle de la socio-esthéticienne? A quel moment intervient-elle? Marie Anne explique:

Dans ma pratique quotidienne, je rencontre régulièrement des personnes qui sont affectées par des changements importants de leur image corporelle. J’interviens auprès de tous patients confondus: je les rencontre après la consultation d’annonce et je les suis tout au long de leur parcours de soin et après.

La socio-esthétique est, la plupart du temps, perçue comme une « séance de maquillage », mais il est nécessaire de démystifier les « soins esthétiques, soins de beauté, massages…«  que nous appelons parfois pudiquement soins de confort, soins de bien-être, tellement les préjugés sont encore tenaces et laissent planer sur ces activités l’idée de superflu. Pour certains ce superflu est  pourtant devenu un besoin nécessaire… 

Le corps peut devenir un réel fardeau et une source de douleur: la consultation avec la socio-esthéticienne est l’occasion pour le patient de déposer le fardeau qu’il porte par rapport à l’atteinte de son corps.

Le travail de la socio-esthéticienne commence par l’évaluation des besoins des patients. Le diagnostic repose sur trois composantes :

Le travail  socio-esthétique

L’action de la socio-esthéticienne vise alors à améliorer le bien être de la personne malade et à favoriser l’acceptation de son image corporelle, à prévenir et accompagner les effets secondaires sur la peau et les phanères et à valoriser l’image de soi. Marie Anne continue :

Les soins du corps vont contribuer à maintenir la personne soignée dans sa relation au monde …Ils peuvent s’avérer contenants face à l’éprouvé de nombreuses sensations douloureuses, mais aussi inhabituelles voire étranges: avant toute intervention il est important de comprendre comment la maladie intervient et si elle renforce une problématique existante ou pas.

Est-ce que il y a des spécificité selon les type de cancer?

Chaque situation est singulière: on pourrait imaginer qu’une mastectomie est plus impactante qu’un cancer ORL: mais on ne peut pas généraliser. Lorsque le cancer touche une personne sportive et qu’il la rend incapable d’un acte sportif, ou lorsque il touche à la libido d’un homme et remet en question sa virilité et son rôle d’homme, l’impact peut être très fort.

Quelles sont les spécificités et les bénéfices de l’intervention de la socio-esthéticienne?

Il s’agit de transmettre un message: le corps est encore digne et il n’est pas monstrueux. Les traitements peuvent causer des problèmes de couples, ou peuvent modifier le rapport avec les enfants… La finalité est de démontrer que ce corps n’est pas qu’un corps médicalisé:  c’est un corps qui a subi des douleurs, mais qui peut être encore un lieu de plaisir et de sensations positives. « Je me sens exister », a dit une fois un patient: il s’agit de redonner au patient une identité via le toucher.

Marie ANne voix du nord

Quels sont les problèmes face auxquels vous vous trouvez dans la pratique de votre activité?

Je souhaiterais une plus grande coordination avec les équipes soignantes. Ensuite vient la question du financement de notre travail: les séances de soins socio-esthétiques peuvent être prises en charge par les établissements de soins et par les associations, au sein desquels nous travaillons; en revanche, les séances prodiguées au domicile ou en cabinet restent à la charge des patients. Cela rend compliqué l’accès à notre accompagnement et la continuité de nos interventions, pourtant nécessaires, pour rendre notre travail efficace.

Merci à Marie Anne pour avoir partagé son expérience !

Marie Anne Conorgues est socio-esthéticienne depuis près de 15 ans et formatrice au sein de plusieurs écoles.

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Date de publication : 08/23/2016

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