Synthèse – Cancer et travail

Le thème de l’impact du cancer sur le parcours professionnel d’une personne malade a été mis en évidence à plusieurs reprises sur la plateforme Cancer Contribution.

En 2011 un article sur la « coexistence à réinventer » suscitait des questions et des réactions sur le travail pendant la maladie, particulièrement sur l’envie de s’inscrire dans un nouveau parcours mûri à travers l’expérience du cancer : « J’ose dire, maintenant, et après un travail sur moi même, que j’y ai nourri l’opiniâtreté qui était déjà la mienne auparavant, que j’y a gagné en confiance en moi, ce qui me manquait, et que ça a renforcé mon intérêt pour les humains, ce qui était déjà le cadre de mon travail, depuis toujours.
Je suis me aussitôt après la première année de combat lancée dans une nouvelle aventure professionnelle, je suis retournée en fac, avec/malgré conjoint, famille nombreuse, emploi, me suis assez rapidement retrouvée sur des fonctions de direction, tout en gérant les « épisodes cancer-chirurgie- maladie », ai poursuivi un parcours universitaire avec bonheur. »

L’année suivante, la première rencontre « In Real Life » de Cancer Contribution a été dédiée au thème « Le retour au travail après le cancer ».

En 2013 nous sommes concentrés sur le moment de la reprise : ce sujet a suscité un vif débat et il a mis en évidence la nécessité d’analyser et discuter ultérieurement des pratiques et des dispositifs disponibles. Un forum spécifiquement dédié à la situation de la femme a été crée pour faciliter les échanges.

Quelque verbatim extrait du forum :

« Question financière mais aussi physique ! Comment allier les deux ? Quand je vais bien, je peux travailler. Quand je suis à plat à cause des effets secondaires et que je ne peux pas sortir de mon lit, il faut bien que je m’arrête. Financièrement, c’est une catastrophe mais comment faire ? C’est la loi n’est ce pas ? Ce n’est pas près de changer vu l’état financier de notre sécu. J’ai encore beaucoup de chance en étant fonctionnaire d’Etat, bien couverte par une mutuelle qui couvre au moins la différence manquante……. sauf que je perds toutes mes primes et ce sont les primes qui font notre salaire. »

« Ma reprise s’est faite en septembre, après 16 mois d’interruption. Mi-temps 3 mois puis plein temps ! Je suis ingénieur en formation d’adultes, et ce soir je suis juste désespérée, épuisée, brisée par le peu de considération que mes collègues ont des difficultés auxquelles je fais face au quotidien, sans en parler, certes ! Je me sens si mal, acculée, humiliée par l’obligation qui m à été faite ce jour de refuser un dossier en comité de direction, alors que j’avais bien exprimé à deux collègues que cet appel d’offres de plus était, en ce moment celui de trop, car j’ai beaucoup de travail et de retard en ce moment ! Si je n’avais pas besoin de bosser pour payer ma maison, je vous assure que j’envisagerais de jeter l’éponge, mais j’ai 54 ans bientôt et besoin de ce salaire pour vivre. Ici je sais que vous le comprendrez, et ce soir, les larmes coulent…. »

« Le retour à l’emploi après ce long combat, n’est pas simple, le temps à passé, beaucoup de chose ont changé au sein de l’entreprise, et nous on revient d’un drôle de périple, et ont a changé aussi, il faut le dire. C’est vrai pour moi, aussi, le retour en mi temps thérapeutique fut difficile, car cela perturbait le service au niveau de l’organisation, et il a fallu bataillé la aussi, mais c’est vrai aussi, pour eux on dirait que cela fait une semaine que l’on ai absent, et personne, ne prend pas le temps de bien vous expliquer tous les changements. Je pense que les entreprises ne sont pas préparer pour le retour à l’emploi après un cancer, et encore moi j’ai eu de la chance de travailler pour un groupe international, et aussi des dirigeants humains, on ne licencie pas les personnes dans cette situations, il y a une charte, et ils sont dans l’obligation de réinsérer l’employé et de trouver toutes solutions afin de réaménager un poste adéquate ; faute de quoi de prouver que rien n’est possible. »

En 2014 un dossier a été consacré à ce sujet ; suite à la publication du troisième rapport de l’Observatoire sociétal des cancers, certaines questions se sont imposées, notamment à l’égard de l’attitude à adopter avec son employeur, des dispositifs de soutien, des conditions nécessaires à reprendre une activité professionnelle, mais aussi de l’accompagnement pour les entreprises et des attitudes attendues de la part des professionnels de santé.
Afin de donner un point de vue le plus possible complète, des interlocuteurs issus de contextes divers ont été sollicités : Lionel Pourtau, sociologue ; Dominique Thirry, de Jurys Santé (support juridique aux malades), Anne-Sophie Tuszynski, cancer@work (lien entre les entreprise et les salariés atteints de cancer), Isabelle de Lyon, bloggueuse et patiente.

En outre, l’opinion des patients a été sollicitée via le sondage : « cancer et travail : pendant les traitements vous avez continué à travailler ou pas ».
Voici les résultats :

  • 12.9% continue à travailler à temps plein
  • 77.1% été en arrêt maladie
  • 10% travaille à temps partiel

Une première partie des contributions reçues a été présentée lors de la participation de Cancer Contribution au colloque « Cancer et Travail », organisé à Lyon par l’association Juris Santé le jeudi 5 juin 2014. Les vidéos sont visibles ici.

Les contributions des internautes ont souligné la difficulté de travailler à temps plein pendant les traitements ; en même temps un certain nombre de malades a exprimé le souhait de garder son emploi si les conditions le permettaient ; les contributions des travailleurs indépendants ont souligné une situation de précarité suite à l’annonce de la maladie et la nécessité de continuer à travailler lors des traitements.
Des pistes d’amélioration ont été souhaitées, notamment en matière d’amélioration et renforcement des dispositifs déjà existants, comme le temps partiel thérapeutique, actuellement sous-utilisé.

Parmi les pistes et les constats émergés en débat :

  • –  la visite de pré-reprise, moment idéal pour anticiper le retour ?
    – le rôle des différents acteurs (médecin généraliste, médecins conseil de la SS, médecin du travail, syndicat, employeur, monde associatif…) ;
    – quelle information donner à l’employeur, aux collègues ?
    – l’importance d’obtenir la déclaration « RQTH » (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) ;
    – l’intérêt pour l’entreprise d’embaucher ou garder des travailleurs handicapés ;
    – la difficulté d’appréhender la définition d’handicapé chez les adolescents et les jeunes adultes ;
    – l’aménagement du temps de travail et l’outil du télétravail, atouts et pièges ;
    – le recours au temps partiel…un dispositif déjà fragilisant chez un bien portant mais qui devient facilement une contrainte pour le travailleur malade et pour ses collègues ;
    – la possibilité de voir le salaire diminué en cas de reprise d’un temps partiel thérapeutique, faute d’intégration de la part des prévoyances ;
    – la recherche d’emploi sous ou après les traitements…absence d’un dispositif de temps partiel pour le (ex-)patient chômeur, qui doit être dans sa recherche à temps plein ;
    – la nécessité de consultations avec des experts (ex. pôle emploi) pour la réinsertion professionnelle : actions souhaitées au sein des structures de soins ou bien auprès du monde associatif ;
    – l’absence d’anticipation sur les effets prolongés des traitements…la fatigue et la difficulté pour les bien portants d’en saisir la lourdeur. Pistes sémantiques à explorer ?
    – l’absence de formations managériale sur la prise en compte de la maladie auprès des salariés ;

– pour les travailleurs indépendants, l’enjeu difficile de préserver la clientèle. Éventuellement, la décision de dire ou de ne pas dire à ses clients.

– La nécessité de renforcer les dispositifs existants, comme le temps partiel thérapeutique actuellement sous-utilisé.
– L’opportunité de mettre en place des actions d’accompagnement spécifiques (coaching)