Témoignage – Anthony

Dans le cadre de notre enquête sur le parcours de soin, nous avons demandé à des blogueurs de partager leur expérience. Merci à Anthony pour son témoignage !

Je m’appelle Anthony. J’ai 23 ans. J’ai eu mon cancer du testicule en 2013, j’en avais 21. J’ai commencé ma blog-thérapie, il y a maintenant 2 mois, sur mon site j’ai un testicule gros et dur.

anthony cancer testicule

Je vais vous présenter rapidement le contexte dans lequel je vivais et témoignerai sur mon parcours de soin ensuite. En 2013, j’étais depuis 1 an en région parisienne. Je voulais trouver du travail en infographie 3D. J’ai galéré pendant 1 an avant de me rendre à l’évidence : il me fallait un plan de secours. Je me suis donc inscrit dans des études en alternance. Mon cancer a été dépisté le jour de la signature de mon contrat. Un signe ? Depuis mon arrivée en Île de France, je n’étais jamais allé chez le docteur. Je n’avais donc pas de médecin traitant. Suite à un auto-dépistage du cancer des testicules, en tâtant les boules situées dans mon slip, j’ai pris rendez vous avec un médecin pour qu’il me confirme ce que je craignais. L’aventure pouvait commencer.
Le médecin effectue lui même une palpation. Vu sa tête, mes inquiétudes sont fondées. Il connaît un urologue travaillant à l’hôpital de ma ville. Il l’appelle pour me prendre un rendez vous sur le champ. Il est presque 19 heures mais par chance l’urologue peut me recevoir tout de suite. À ce moment du parcours, mon médecin ne peut pas me dire clairement « Vous avez un cancer jeune homme ». D’ailleurs on parlera de tumeur jusqu’à l’ablation du testicule. Ce n’est qu’ensuite qu’on posera des mots plus concret. Je sors de chez le médecin. Direction ma voiture. Je laisse quelques larmes couler sur mes joues avant de me reprendre. En avant pour l’hôpital ! Je me présente à l’accueil. C’est un peu gênant de chercher le service d’urologie. L’hôtesse m’indique le chemin à suivre. Pas de médecin dans le bureau d’urologie mais une secrétaire médicale. Elle me pose quelques questions pour remplir mon dossier. Nom, prénom, date de naissance, adresse, numéro de téléphone. Je maîtrise. Je suis renvoyé en salle d’attente, le médecin va arriver.
Petite aparté sur la carte vitale. Je trouve ça pratique. Mais au début de mon parcours, quelle galère ! Quand j’ai déménagé pour la région parisienne, je ne savais pas qu’il fallait faire des démarches pour la mettre à jour. À vrai dire, je n’allais pas souvent (jamais ?) chez le médecin. Je n’utilisais pas cette carte. J’ai mis 1 mois à comprendre pourquoi elle ne fonctionnait pas. Entre ce qu’on me disait à l’hôpital, ce qu’on m’a expliqué à la CPAM dans un premier temps et puis ce qui est finalement arrivé… il y avait un monde. Finalement j’ai dû refaire ma carte vitale et attendre de la recevoir. J’avais une attestation papier pour la remplacer en attendant. Aujourd’hui la carte vitale me simplifie la vie. Ça a été compliqué. C’est en trop quand on doit déjà penser à l’avenir de son gros testicule tout dur. Fin de l’aparté.
Par contre jusqu’à ce que je me fasse opérer j’ai du payer les dépassements d’honoraires. Heureusement que mes parents étaient derrière moi. J’étais affilié à la mutuelle de mon père. En province il y a moins de dépassement d’honoraire du coup la mutuelle ne les prenaient que très peu en charge. Mes parents ont du payer pas mal de frais pour moi.
Me voici avec l’urologue. Jeune, calme et prudent dans le choix de ses mots. Il effectue une palpation rapide. Je me souviens très bien que l’aspect du testicule laissait peu de place au doute. Verdict : une prise de sang et un scanner. Je ne me souviens plus exactement de ses paroles. Mon esprit les reformule comme ça : « Je ne peux pas vous dire officiellement que c’est un cancer. Mais c’est ça. Ça se soigne bien. Parlez-en avec votre entourage. » Il me l’a dit avec beaucoup plus de classe et de tact. Mais j’avoue que je n’étais pas au top concentration à ce moment là. Bilan de la journée : j’ai été très bien reçu partout. Je me sens accompagné et en confiance avec le médecin et l’urologue. C’est déjà ça.
Suite du programme : prise de sang et scanner. Rien de bien compliqué. Tout est centralisé dans l’hôpital de ma ville. Je découvre les joies des salles d’attente. Je patiente avec mon petit numéro avant d’être appelé. Pour la prise de sang rien de spécial. On pique, on prend 3 flacons et bye bye. Même pas besoin d’être à jeun.
Le scanner c’est plus fun. On rentre dans un gros tube qui nous prend en photo. Je n’aime pas trop cet examen. C’est un peu la chaîne industrielle où on est totalement déshumanisé. Un mec de plus dans une liste mais pas vraiment un humain. On m’envoie dans une petite pièce pour que je me mette en slip. Parfois on me donne une blouse. Parfois non. Je n’ai pas le droit de garder mes lunettes. On me guide jusqu’à la salle où se trouve le scanner. On m’allonge. De mon côté, je vois tout flou. Bref personne ne parle de trop. « Tendez le bras je vais vous mettre la perfusion. Mettez les bras derrière la tête. Ça va commencer. On va vous dire de retenir votre respiration. » Heuuu ok ok on fait ça. La personne se barre et c’est parti mon kiki. Quelques minutes de scan et c’est fini. On enroule plus ou moins un kilomètre de ruban adhésif autour du pansement de ma perfusion. Je souffre le martyre pour le retirer à chaque fois (qui a dit chochotte ?).
Me voilà de retour en salle d’attente. On me dit d’attendre mais je ne sais pas pourquoi. Finalement un médecin me reçoit. L’air grave. Et me dit un truc du genre : « Vous avez une tumeur, il va sûrement falloir opérer. Il faut que vous repreniez rendez-vous avec l’urologue. » Je crois presque entendre un désolé. Je ne suis pas surpris. C’est ce à quoi je m’attendais.

S’ensuit divers rendez-vous. Je me laisse guider. J’ai l’avantage d’avoir du temps libre. Je ne travaille que le soir à partir de 18 heures. Je peux me rendre sans soucis au CECOS pour le prélèvement de sperme, chez l’anesthésiste, un petit coup chez l’urologue et chez le généraliste pour le passer en médecin traitant sinon c’est le bazar pour les remboursements. J’ai le droit de partir en vacances avant de me faire opérer. Ça me permet de revenir bien détendu.

L’opération se déroule en ambulatoire : je rentre le matin et sors dans la journée. J’en ai déjà parlé sur mon blog, mais cette journée est un peu dure à vivre. L’opération se passe très bien mais côté accompagnement, c’est le néant. On me parle peu. On ne m’explique rien. Même mon départ de l’hôpital en fin de journée n’est pas spécialement vérifié. Je pars tranquillement et encore bien shooté, au bras de ma chérie. On m’autorise à partir parce que j’ai réussi à faire pipi. Même si c’est le pipi le plus minable de ma vie.
On m’a prescrit des antidouleurs et un kit pour changer mon pansement. Je peux aussi demander une infirmière à domicile. Je préfère m’en occuper-moi même. La pharmacienne me met en garde contre cet antidouleur, il est assez violent. J’en prends un le lendemain matin. Je ne le supporte pas. Dix minutes plus tard, je le vomis. Je fais partie des quelques pourcents qui ne supportent pas ce médicament. Il ne me reste qu’à espérer que la douleur s’estompe vite dans le temps.
Je me suis fait opérer un mardi. Je commence mon contrat d’apprentissage le lundi suivant. J’ai vraiment souffert. Avec du recul, je me dis que j’aurais peut-être dû demander un arrêt de travail. Mais comme c’était supportable… J’allais aux toilettes régulièrement pour desserrer mon pantalon et permettre à ma cicatrice de souffler un peu. La position assise me faisait vraiment mal.
Pendant ce temps, un conseil des médecins choisit si oui ou non je dois faire de la chimio. Au final, ils décident de me laisser choisir. Je préfère ne pas faire de chimio et avoir une surveillance renforcée. Cette surveillance se traduit par des examens réguliers. Tous les 3 mois : Prise de sang, scanner, cancérologue. Je suis passé à 4 mois récemment.
Pour tout ce qui concerne les frais, je suis pris en charge à 100%. J’ai juste à donner ma carte vitale et pour tous les frais liés à mon cancer je suis remboursé et n’avance pas d’argent. Il y a des incompréhensions parfois à la pharmacie quand on me dit que je dois payer le produit pour le scanner par exemple. Je suis alors obligé de retourner au centre de radiologie pour demander qu’on me refasse une ordonnance où il est clairement marqué en gros ALD 100%.
Quelques mois après mon opération, j’ai suivi quelques séances chez une psy spécialisée dans la technique de l’EMDR. Ça m’a permis de régler rapidement le petit traumatisme de cette aventure. J’aborde aujourd’hui mes examens de suivi beaucoup plus sereinement.
Un an et demi après mon opération, j’ai ressenti le besoin de partager mon expérience. Je voulais aussi proposer les astuces que j’avais apprises, pour aider un maximum de personnes dans la même situation que moi. J’ai donc créé mon blog. Sans aucune prétention, je parle de mes expériences sur un ton léger, voir parfois drôle (je crois !).
J’espère que ce témoignage sera utile. Merci à cancercontribution de m’avoir proposé de le réaliser (même si j’ai mis du temps à m’y mettre !).

 

1 commentaire sur “Témoignage – Anthony”

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