Améliorer la communication soignant/soigné avec la médecine narrative

Pas assez de temps consacré aux patients, parole coupée au bout de quelques minutes, langage difficile à comprendre… La communication entre les médecins et les patients est souvent compliquée. Mais, dans la pratique, que peut-on faire pour l’améliorer ? L’Université Paris Descartes table sur l’enseignement de la Médecine Narrative.

Au début fut Rita Charon. La narrative medicine est « tout simplement de la médecine pratiquée par quelqu’un qui sait quoi faire avec des histoires »[1] disait-elle en 2001. Depuis, les rouages de cette discipline ont été identifiés et la Columbia University propose un Master dédié à son enseignement.
Sous la guide de François Goupy, Professeur de santé publique à l’Université Paris Descartes, les histoires des patients redeviennent centrales, alors que les futurs médecins apprennent le « quoi faire avec ».
paris descartesDans la pratique, il existe un cours adressé aux étudiants de 4ème année de médecine, qui démarre dans les amphis avec une opération de familiarisation à l’écriture. Le Docteur Anne Chahwakilian, onco-gérontologue suit les étudiants pendant les travaux dirigés. « Le cours est structuré en deux parties. D’abord, les étudiants s’approchent de l’écriture, pas après pas. Dans un premier temps, nous les invitons à écrire sur eux-mêmes. Par la suite, le sujet de la maladie est abordé par une expérience personnelle ou celle d’un proche. Enfin, ils arriveront à raconter la maladie d’un patient et à faire des retours sur des entretiens filmés. L’objectif de cette approche est d’aider les étudiants à parler de la maladie, à développer leur capacité d’observation et de narration ».

La ‘consultation simulée’ est la seconde phase du cours. Durant ce jeux de rôle, tous les acquis sont mobilisés : les étudiants – qui à ce moment de leur parcours académique n’ont connu les patients que comme externes à l’hôpital – bénéficient d’une mise en situation.
Dans des locaux de l’Hôtel-Dieu, les futurs médecins s’installent, chacun à son tour, dans un box de consultation. Face à eux, se trouvent des patients bien plus experts : « je suis venue une première fois comme observatrice, explique Michèle Morin, cadre dans la santé et impliquée depuis trois ans dans le projet, et depuis je participe régulièrement à ces journées de formations ».

L’atelier de travail consiste dans la simulation d’une première consultation chez un médecin généraliste. Tour à tour, chaque apprenti-médecin visite trois patients. Les patients, qui ont été briefés en avance, sont des accro de la cigarette ou ont des soucis d’impuissance ou d’alcool : bref, pas de patients faciles ! « Mais ils en verront des comme ça » sourit Anne Chahwakilian.
Ensuite, les patients évaluent la consultation par un questionnaire : « ils se sont pas mal débrouillés, commente Michèle Morin. Aujourd’hui, c’est une bonne promo ».
Un des patients qu’elle jouait était une alcoolique qui ne pouvait pas renoncer à ses deux-trois bières quotidiennes : « le piège dans lequel les médecins tombent est l’imposition à laisser tomber l’alcool, alors que le patient n’est pas prêt à entendre ce discours ». « Exact, confirme Anne Chahwakilian. Instaurer un rapport de confiance avec le patient ; être à l’écoute ; ne pas vouloir imposer un discours, mais dialoguer véritablement, en expliquant les risques et les possibilités, sans assumer des termes paternalistes, mais montrer du soutien et de l’empathie. Ce ne sont pas des mots vides, mais une habilité importante, qui s’apprend et qui se travaille ».

Pour des questions d’organisation, la simulation dure huit minutes. Trop court selon les futurs médecins il y a quelque regret : « Nous avons été interrompus alors qu’on arrivait au point principale ». « Et puis, c’est dommage que cela ne soit proposé qu’une seule fois. On vient de commencer à nous familiariser avec l’exercice ! »

« Ce n’est pas la première fois que nous avons ce genre de remontés, confirme Anne Chahwakilian. Nous faisons avec les moyens que nous avons. Mais c’est vrai que l’atelier fonctionne bien ; même les étudiants dubitatifs de prime abord finissent par y adhérer. Nous espérons pouvoir le faire évoluer ! ».

 

[1] CHARON (Rita), What to do with stories – The science of narrative medicine, 2007.