La chimio n’attend pas le nombre des années

L’édito du 8 août 2014.

La dernière fois, je vous parlais des AJA… et si vous ne savez pas ce que c’est que ça, c’est que vous n’avez pas lu le dernier édito… alors hop hop hop, on clique là… Voilà vous êtes reviendu ? Bon, vous le savez peut-être pas mais vous n’allez pas tarder de le savoir, il y a aussi des vieux malades ! Certes, ça fait moins pleurer dans les chaumières… et aujourd’hui…, donc on n’en parle pas à la télé. Cela s’appelle la gestion du pathos… et quand on gère, y a tri !! Je dirais même plus, y a oncogériatrie.

Et pourtant, pas moins d’un tiers des cancers survient chez les plus de 75 ans. Et la proportion a propension à se propulser vers la moitié des cas dès 2050… société vieillissante oblige… Parlons donc de nos aînés…. Et pas de nos nénés car cela n’a rien à voir. En ce mois d’août, sans doute, traitons des plus âgés d’entre nous pour autre chose qu’une canicule. De toute façon, pour cette année, les grosses chaleurs, c’est mort…

Eh bien, il faut avouer… et donc à moitié pardonnée… que ce n’est pas gagné. Déjà, il y a beaucoup de retard de diagnostic. Comment différencier la douleur ou autre symptôme de celui d’un autre problème inhérent au grand âge ? Comment savoir quand on est face à un grand-père qui ne veut pas se plaindre car il a connu la vraie souffrance, lui, pendant la guerre ; ou au contraire avec la grand-mère acariâtre… faut aller voir le dentiste non ?… et qui se plaint tout le temps. J’ai la rate qui se dilate. J’ai le foie qu’est pas droit… Ah! Bon Dieu! Que c’est embêtant d’être toujours patraque. Ah Bon Dieu! Qu’c’est embêtant. Je ne suis pas bien portant. Bah oui, à un certain âge, on cumule les soucis de santé et on devient pluri-pathologique. On parle aussi de comorbidité quand différentes maladies se partagent le même corps ; sachant qu’elles peuvent avoir un effet les unes sur les autres.

Une autre difficulté est la méconnaissance des risques, des possibilités thérapeutiques. Beaucoup pensent à tort que les cancers de la personne âgée évoluent doucement… Et le tort tue… du Galapagos ?… Comme la vieillesse est un chiffrage, certains questionnent même à demi-mot… et pas à Demi Moore… car elle ne répondrait pas… s’interroge donc sur la « rentabilité » de soigner avec des médicaments très très chers des vieux qui n’apportent rien à la société et qui vont de toute façon y passer bientôt. Honte à ces cyniques iniques… talope va !!

Aux yeux de l’Histoire, une société se juge à la manière dont elle traite les anciennes générations ! Il semblerait que la société commence à avoir peur de ce jugement et qu’elle soigne mieux ceux à qui on doit le respect ou en tout cas améliore leur prise en charge. Comme pour les AJA la semaine dernière, on constate que les différents acteurs de la prise en charge, de la recherche y compris les institutionnels coordonnent leurs efforts notamment dans le cadre des UCOG, initiées par le plan cancer… Ce ne sont pas des vaisseaux spatiaux spacieux ou sans gain, mais des Unités de Coordination en OncoGériatrie pour mieux adapter les traitements des décisions conjointes oncologues-gériatres. Car oui oui… et la voiture jaune…, il se passe un phénomène incongru jusqu’à il n’y a pas si longtemps, des médecins de différentes spécialités se parlent et vont jusqu’à travailler ensemble au bénéfice des patients.

L’UCOG contribue également à mieux comprendre les spécificités des cancers de la personne âgée, leurs évolutions… Peut-on être optimiste ? Plus d’une vingtaine d’unités existe aujourd’hui. Et l’unité fait la force…