EDITORIAL n° 29 – Mea culpa pas outé !

 

Vous vous dites qu’avec un titre comme ça, on va trop s’marrer… verlan de Stromae… Certes, mais je voudrais surtout pousser un coup de gueule. J’aurais pu mettre un titre plus philosophie : De la représentation combative héroïque individuelle à la culpabilisation sociétale globalisante… Ça en jette non ? C’est encore une fois un champ lexical lié à la maladie que je vais labourée… ni auvergnate, ni angevine mais une dico Tommy… l’équivalent anglo-saxon du Robert ?… entre une vision sociétale et individuelle du cancer.

Commençons par le discours guerrier lié à la lutte contre la maladie. Il est tellement communément diffusé qu’il est souvent difficile de décrire une situation sans y avoir recours. Je fais appel ici à vos expériences. Nous l’avons tous vécu comme Tell… Ah Guillaume a aussi été touché ?… Cette facilité de langage est signifiante dirait le linguiste. Elle permet d’exprimer beaucoup de sentiments liés à la maladie, de décrire ce que traverse le malade par analogie… home sweet home…


Elle a pourtant deux effets pervers… qui ne sont pas pas écologiques… selon l’issue de la maladie. Par l’issue de secours, d’abord, quand la mort gagne, cela veut-il dire que le combattant n’a pas assez bataillé ? Alors que bien souvent, il s’est démené plus fort et plus longtemps que celui qui a vite guéri. N’est-ce pas culpabiliser ceux qui restent encore plus qu’ils ne le font déjà spontanément, à tort ?

Et, quand le malade sort par la grande porte, il devient un héros, un survivor disent les anglo-saxons. Pourquoi pas un ancien combattant avec une médaille qu’il arbore aux commémorations ! Une image que j’abhorre. Car s’il faut se féliciter de chaque guérison, si le désir de guérir et la volonté d’avancer, cette fameuse fleur au fusil, est essentiel, l’ancien malade veut surtout reprendre/continuer le mieux possible le cours de sa vie et sortir de cette condition sanitaire… en gros tirer la chasse…

Cette dimension individuelle héros… hic est je pense tout ou partie… mais il va revenir… liée non pas au Goût des Autres mais à l’image que la maladie leur renvoie individuellement… Les autres, cette catégorie de gens à part qui ne connaissent pas le quotidien du cancer, des souffrances qu’il inflige… ou afflige… ou les deux mais aussi de la force de vie qu’il insuffle. Ils se projettent souvent maladroitement… et ce n’est pas mieux à gauche… dans un transfert digne de Freud ou de Ronaldo. Ce sont eux qui prennent les guéris pour des héros. Mais, je ne suis pas un héros, mes faux pas me colle à la peau… J’ai juste été malade, complètement malade, comme un Lama.

La malade n’a a priori et a fortiori pas choisi d’avoir à lutter contre un cancer. Il mobilise toutes ses ressources pour traverser au mieux cette épreuve au niveau psycho-social mais la guérison elle-même… un peu, beaucoup, passionnément… est tout de même à mettre essentiellement au crédit de la médecine qui augmente le taux de guérison d’année en année.

De l’autre côté de la dichotomie, la société globalisante est plus insidieuse. Les difficultés d’emploi ou liées à l’emprunt sont des exemples qui aboutissent à une double peine de la personne guérie. Et pourtant, je vous jure M. le Juge, je suis innocent. Guérie, elle veut juste les mêmes droits que tout à chacun. Alors, j’ai crié sur tous les toits, ce que je pensais de toi, société, société, tu m’auras pas. Ce rock fort de Renaud montre bien mon sentiment et mon envie de révolte ? J’ai envie de crier zut, flûte, crotte… et surtout de continuer à sensibiliser les Autres et faire évoluer la société pour remettre le malade et le guéri à leur juste place. Ni plus, ni moins.

Dernière modification : 04/05/2016

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