selectime

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  • en réponse à : La parole aux proches et aux familles… #10560

    selectime
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    Bonjour à tous et toutes,

    Il y à bien longtemps, j’ai été hospitalisée dans le service du professeur Pujol et pour une fois j’avais une voisine de chambre. J’avais 14 ans, elle en avait 38.
    Après plus d’un mois à faire les 400 coups et à rigoler à s’en casser les côtes, je suis sortie. De son côté, elle devait rester quelques jours de plus pour des contrôles. J’avais promis de venir la voir tous les jours.

    La première fois que je suis entré dans sa chambre, l’ambiance était glaciale. J’avais le profond sentiment d’être indésirée. Alors je me suis contenté de dire bonjour, de sourire, et j’allais repartir lorsqu’elle m’a demandé de rester. Je sentais en elle son désir de parler, d’être écoutée. Nous avons discuté de choses assez secondaires. Je suis revenue la voir, mais chaque fois il y avait quelqu’un de sa famille et il lui était bien difficile de pouvoir exprimer tout ce qu’elle portait en elle.

    Un jour, fixant son regard sur moi, elle m’a dit brusquement: « Tu sais, je vais mourir ! ». Une de ses amies s’est empressée de lui dire : « Mais non, il ne faut pas dire des choses pareilles; tant qu’il y de la vie, il y a de l’espoir… ».
    J’ai demandé à son amie de nous laisser seules et je lui ai répondu franchement, presque brutalement: « Oui, tu vas sans doute mourir ». Trop émue, je ne pouvais rien ajouter. Ma gorge était serrée, j’avais les larmes aux yeux et c’est elle qui à ce moment-là a rempli mon coeur d’une joie profonde alors que déjà j’étais dans l’angoisse d’avoir dit quelque chose que je n’aurais pas dû dire. Elle m’a offert son premier sourire. Jamais je ne l’avais vue sourire depuis ma sortie de l’hôpital. Aujourd’hui, son âme se dilatait devant moi. Je ne sais pas pourquoi soudain je m’étais exprimé si clairement, mais je sais que face à la souffrance l’important c’est d’aimer avant de parler. Les malades savent, sentent quand on les aime et les mots importent beaucoup moins, mais ils sont tout de même importants.

    Aimer, c’est vouloir le bien de l’autre en vérité. C’est vouloir son vrai bien. L’amour n’a rien à voir avec la sensiblerie. Il ne s’agit pas seulement de faire plaisir; il s’agit de vouloir le bonheur de l’autre.

    Elle savait qu’elle allait mourir; son corps ne cessait de le lui rappeler et pourtant, sans cesse, elle entendait autour d’elle des paroles rassurantes sur sa santé. Et plus on lui disait qu’elle allait s’en sortir, plus elle se sentait seule.
    Car avec qui pouvait-elle parler de la mort ? Avec qui pouvait-elle se préparer à cet évènement ? Tout le monde devra subir la mort, et combien s’y préparent paisiblement ?
    A qui pouvait-elle confier ses angoisses sur la vie après la mort, sur le sens de la vie ?
    Aussi son sourire, en ce jeudi du mois de mars 1980, exprimait une profonde libération. Enfin elle pouvait parler et se confier mais à moi seule. A partir de ce jour, j’ai commencé à lui parler simplement de moi, d’elle, de notre amour pour tous ceux qui souffrent jusqu’au jour où elle m’a fait un petit signe de la tête pour que je m’approche. Elle ne pouvait presque plus parler mais elle a voulu me poser une dernière question: « Que veux-tu que je dise à Jésus de ta part ? » Elle me souriait et j’avais le coeur déchiré car elle n’était plus mon ex voisine de chambre que je soutenais comme je pouvais mais un être que je me suis mis a aimer très rapidement.
    Elle s’est éteinte le 16 mars et je lui tenais la main. J’étais démontée mais si soulagée qu’elle ne soit pas seule à ce moment préçis.
    Quelques minutes avant son départ elle a murmuré qu’elle avait reçu une profonde paix intérieure. J’oserais dire la joie de celle qui avait enfin trouvé un sens à sa vie, parce qu’elle avait trouvé la paix de l’âme.

    Voilà ! Il n’est pas toujours facile d’aider les gens à mourir tant cette réalité de la mort est difficile à accepter. Mais l’enjeu en vaut la chandelle. L’enjeu était de garder cet éternel sourire sur son visage…

    Merci de m’avoir lu.

    Bien à vous.

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