La fin de vie, vue par les soignants en gériatrie

 

geriatrieDeux soignants du service de gériatrie aiguë nous livrent dans une interview à coeur ouvert le fruit de leur expérience. « Les personnes âgées dont on s’occupe vivront certainement plus longtemps que nous, en termes de longévité s’entend…

Pourtant, ils auront plus travaillé parce qu’ils auront tout simplement commencé plus tôt, et que les droits des travailleurs n’étaient pas aussi développés à l’époque. Pour nous, je ne sais pas si on passera les 80 ans. Quelque part, on a détruit nos vies. Je pense qu’ils étaient plus heureux que nous. C’est le ressenti que j’ai, par rapport à ce qu’ils m’expliquent. » déclare l’une des aides soignantes.

Elle explique aussi que travailler en gériatrie est plus simple que dans un autre service puisque l’on se projette moins dans une personne âgée que dans une femme qui vient de perdre son enfant ou dans un jeune de 30 ans qui se bat contre le cancer. Pourtant, le service souffre d’une mauvaise image dans le monde hospitalier. « C’est un service particulier. On prend en charge toutes les pathologies de l’être humain à partir de 75 ans. Les vacataires qui viennent de l’extérieur ne veulent pas revenir dans notre service. C’est trop lourd. Dans le milieu hospitalier, on a une mauvaise image. On voit ça comme un travail ingrat. C’est vrai qu’il n’y a pas d’urgence, pas de réa, pas de soins techniques… »

En gériatrie le patient est pris en charge dans sa globalité ; on ne se concentre pas comme dans les autres services sur une seule partie du corps comme le coeur, les poumons, etc… C’est un vrai plus pour les soignants de ce service estime-t-elle. Il existe bien sûr des services qui luttent contre la solitude dans les hôpitaux, qui accompagnent les aidants dans les couloirs des services médicaux. Cependant, ce sont bien souvent les aides soignants et les infirmières qui outrepassent leurs rôles et qui viennent parler avec ces personnes.

« On gâche souvent des morts » : dans le service gériatrie, on entend plus de souhaits de mourir que de volonté de vivre. Par le manque d’effectif, en cas d’arrêt cardiaque lorsque l’on s’en rend compte, il est souvent déjà trop tard. Pourtant, lorsque le danger est découvert à temps et que le patient souhaite continuer à vivre les médecins tente de le réanimer parfois avec acharnement et c’est bien dommage, estiment nos aides soignants.