Le téléscop’âge de la cancérologie

L’édito DDcalé du 28 septembre 2015…

Avant, quasi-toutes les personnes atteintes d’un cancer en mourraient… assez rapidement. Avant, celles qui n’y passaient pas tout de suite avaient « tant de chance » que le reste n’importait pas, et il n’y avait pas d’anciens malades à agir pour la cause. Avant, on savait tellement peu de choses sur le cancer, le pourquoi, le comment, qu’on n’avait rien à dire ou si peu…
Avant, c’était plus simple et surtout plus radical… Mais ça, c’était avant !

En 30 ans, l’univers de la cancérologie a subi plusieurs révolutions scientifiques, médicales, sociétales, économiques… et cela en parallèle des évolutions de la société en particulier l’accélération de l’information et, grâce… non pas à Monaco mais… à Internet, à son partage global et instant… tané aussi rapidement que le cuir des dernières bottes de ma chérie…

Photo Fotolia
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Les connaissances sur la maladie, son fonctionnement, les moyens d’agir sont à des années lumières de ce que l’on savait, il y a à peine quelques décennies. Il est donc Vénus le temps, où tant de situations, de cas, d’innovations se télescopent et tombent sur nos médias comme une pluie de météorites. Comme toujours dans les périodes de foisonnement de découvertes, la comète… de Halley les bleus, on est avec vous… entraîne des poussières de contre-vérités et d’approximations. Quand celles-ci se retrouvent, dans des articles, mis à la même focale que des vérités vraies et avérées, cela fait monter le Mercure de ceux qui essaient de faire passer des messages cohérents.

La recherche aboutit à une différenciation fine des cancers… car le singulier n’est plus de mise, là où chaque cas est singulier. Une pluriélisation du mot cancers où se côtoient des constellations très différentes. Quel point commun entre le cancer du poumon, d’une femme de plus de 80 ans et le cancer des testicules d’un très jeune garçon ?!

Or, selon la planète médiatique, les messages diffusés doivent être simples, au risque d’être simplistes. Plus de 60% de guérisons, tout âge et tous cancers confondus. C’est un grand pas pour la médecine et surtout un grand pas pour l’Homme. De plus en plus de malades ne meurent pas de leur cancer. Mais, là-aussi, Saturne et ça retourne en plusieurs anneaux concentriques entre ceux qui sont guéris, avec plus ou moins de séquelles, ceux qui sont en rémission et ceux dont le cancer est devenu chronique. Ce chiffre de 60% ne doit pas faire oublier la face cachée de l’Uranus… c’est comme la Lune en plus lointain.

Mais, justement, ne soyons pas Lune-à-Lune… c’est comme Terre-à-Terre en plus satellitaire… Cet éparpillement situationnel amène à ce que, dans deux chambres voisines, on retrouve dans un cas un patient qui passera tous ses traitements au fond de son lit, fatigué, avec différents effets indésirables très gênants et de l’autre côté, un qui traversera sa maladie comme une fusée, entre deux réunions pros et un footing. Cette différence caricaturale entre ces situations n’est pas qu’une question de volonté… gravité du cas, âge, culture, capacité du corps, nécessité… Autant de données qui influent sur la façon d’agir et réagir.

Là encore, médiatiquement, selon le message que l’on veut faire passer, que l’on soit politique, média, associatif, le zoom sera fait sur la situation idyllique, héroïque ou celle plus moribonde, misérabiliste.

Observons maintenant du côté de la constellation du Centaure… les chevaux de bataille en aussi capillotractés que la crinière de Pégase. Aujourd’hui, les représentants de patients revendiquent, à raison, une adhésion et une codécision thérapeutique. Alors que, dans le même espace-temps, malgré les Etats-Généraux, les lois, les plans cancer, les progrès théoriques en termes d’information, de prise en soins humaine et personnalisée ne sont pas acquis… ben à tous. Difficile alors pour les assos et les représentants de patients en général d’avoir un discours commun, intelligible.

Quelle délicate aventure inter-sidérante de trouver le système…sol-air ?… qui conciliera ce téléscop’âge de la cancéro et le besoin de messages claires et cohérents. Allez, juste un dernier exemple avant d’aliter… c’est-à-dire atterrir dans mon lit pour une bonne nuit… Le dernier clip de Stromaé se demandant « quand c’est » qui a agité la stratosphère numérique. Les avis ont été très partagés y compris dans les voix… non pas lactées mais… émises par les assos. A cette occasion, une journaliste a appelé Jeunes Solidarité Cancer en s’étonnant que nous n’ayons pas tous… comprenez les malades, les assos… la même opinion, la même approche des messages, des sensations et sentiments qui émanent de ce clip.

Bref… ben non justement, c’est impossible de faire bref, car, heureusement, la situation n’est plus aussi simple et radicale qu’avant.

 Damien Dubois