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Quand le cancer altère la vie sexuelle…

Rencontre avec Catherine Adler-Tal, psycho-sexologue spécialisée en oncologie. Elle nous parle de son métier, du cancer et de ses traitements qui peuvent altérer la sexualité et insiste sur l'importance de prendre en charge l'après-cancer dans toutes ses dimensions pour se reconstruire.

Rencontre avec Catherine Adler-Tal, psycho-sexologue spécialisée en oncologie.

Le cancer et ses traitements peuvent fragiliser la sexualité, non seulement celle des patients, mais aussi celle de leurs proches. Ce surcroît d’épreuves ne frappe pas tous les patients ; le type de cancer, l’âge des personnes touchées, leur état général avant la maladie, les thérapies engagées (chimiothérapie, radiothérapie…)… font de chaque situation un cas particulier.

Les symptômes du cancer ou liés aux traitements pouvant impacter la sexualité sont variés :

  • physiques : fatigue, troubles du sommeil, douleurs, nausées, troubles respiratoires (dyspnée), modifications corporelles (chirurgies, stomies, dermatoses)
  • psychiques ou émotionnels : détresse, peur de la mort ou de la récidive, culpabilité, perte de l’estime et de la confiance en soi ou du partenaire, diminution de la libido
  • physiologiques : modification des tissus génitaux pouvant entraîner une sécheresse des muqueuses vaginales, troubles de l’érection ou de l’éjaculation. Des astuces, telle que l’hydratation des muqueuses, la lubrification, sont abordés en consultation. Elles viennent compléter un travail de fond sur les autres éléments pouvant perturber l’intimité.

Il est important de souligner que ces troubles ne sont pas systématiques ni nécessairement permanents.

Des consultations pour parler sexualité peu proposées

Il semble toutefois que les consultations de sexologie pour les personnes souffrant de cancers restent peu fréquentes. Elles ne sont pas systématiquement proposées dans le parcours de soins, même pour les cancers affectant directement la vie sexuelle (en particulier la prostate ou les cancers gynécologiques). Certains patients ne veulent pas en entendre parler et bien entendu cette décision doit être respectée. Par ailleurs, les soignants n’ont pas toujours la formation requise ; et quand l’urgence est d’éradiquer une tumeur qui engage le pronostic vital, les considérations sur la sexualité peuvent paraître de bien moindre importance, voire dérisoires.

Il ne va pas de soi de parler de sa vie intime, même à la personne dont on partage l’existence. Un échange avec un professionnel peut toutefois contribuer à décharger un fardeau, apporter un soulagement, ouvrir de nouvelles pistes de réflexion et de nouveaux horizons.

Cancer Contribution a souhaité approfondir le sujet de la sexualité et a rencontré Catherine Adler-Tal, psycho-sexologue spécialisée en oncologie. Elle propose une consultation à l’Institut Raphaël (Levallois-Hauts-de-Seine), ainsi qu’à l’association Etincelle dont elle est présidente (cf. encadré ci-dessous).

Notons que ne seront pas abordées ici les questions très spécifiques liées aux diverses techniques médicales destinées à préserver la fertilité pouvant être compromise par un cancer et/ou les thérapies utilisées pour le combattre.

« Arrêtez de penser à la place de l’autre ! »

Catherine Adler-Tal reçoit dans une large majorité des patientes, de plus en plus jeunes (45-50 ans en moyenne). Confrontées au bouleversement d’un corps qu’elles ne trouvent plus « aimable » et aux symptômes d’une libido profondément perturbée. Nous avons une image de soi modifiée. La peur de ne plus plaire et de décevoir s’installe. La fatigue inhibe la vitalité et la créativité.

Chaque patiente est singulière. L’écoute de Catherine Adler-Tal intègre le parcours de chacune d’entre elles (son éducation, sa culture et sa religion), les étapes de sa vie intime, ses attentes. Il est particulièrement important, souligne-t-elle, de considérer en premier lieu sa propre évolution et ses propres désirs désormais rythmés par la maladie et les traitements.

« NE VOUS METTEZ PAS DANS LA TÊTE DE VOTRE CONJOINT ! » dit-elle, signifiant par là que l’on ne maîtrise pas les émotions que l’on suscite chez son partenaire et qu’il convient de respecter la propre évolution de ce dernier dont la vie n’est pas moins bouleversée par la maladie et ses conséquences.

Catherine Adler-Tal peut recevoir les couples séparément ou ensemble, une ou plusieurs fois. Elle apporte une écoute, des conseils, stimulant la créativité, invitant à une vie intime, parfois différente mais qui peut être encore plus tendre et plus inventive, si possible enrichie par un dialogue renouvelé. On peut renouer avec une certaine vitalité en oubliant la « performance » et en faisant résonner son corps, seule ou à deux, en toute liberté. Et il peut arriver que des pulsions de vie insoupçonnées surgissent, opérant des rapprochements dont on avait oublié la saveur.

Et les hommes dans tout cela ?

Les hommes sont peu nombreux à frapper à la porte de Catherine Adler-Tal, confirmant ainsi le constat (devenu un lieu commun) qu’ils sont plus frileux à parler de leurs fragilités. Et pourtant…

Si on limite l’analyse au cancer de la prostate, rappelons qu’en France il est de loin la première cause de cancer, touchant plus de 50 000 nouvelles personnes par an. Tant l’ablation de la prostate que les traitements (en particulier l’hormonothérapie) peuvent avoir des effets délétères sur la libido et les capacités érectiles et donc toucher au cœur de la virilité la plus enfouie.

Catherine Adler-Tal ne sous-estime pas les difficultés liées à la sexualité auxquelles doit faire face un homme dans cette situation : perte de confiance et d’identité, dénuement et parfois désespoir au point de refuser tout traitement, honte « comme si cela se voyait ».

Cependant, elle refuse de dire que « tout est foutu » (pour s’inspirer d’un ouvrage de Jean Marc Silvestre dont elle recommande la lecture : « Tout n’est pas foutu : le cancer a sauvé ma libido » chez Albin Michel). Au-delà des techniques et médicaments désormais bien connus et quelle recommande, Catherine Adler-Tal s’attache à restaurer l’image de soi de son patient. C’est un travail de longue haleine, qui vise à faire prendre conscience (à lui et au couple) qu’une virilité assumée peut s’exprimer et prendre d’autres formes qu’une érection.

On remarque également que les hommes s’ouvrent peu à peu à un dialogue plus libre sur le sujet. Les mentalités changent, des groupes de parole se forment. Le chemin est pourtant très long. Un homme doit se sentir en totale confiance pour se confier ; même avec son ami le plus proche c’est souvent difficile.

Sans être la panacée, la psycho-sexologie offre un complément particulièrement précieux aux thérapies contre le cancer

Aujourd’hui peu de patients viennent consulter spontanément un(e) psycho-sexologue, la plupart étant envoyés par l’oncologue. Certaines personnes considèrent qu’une telle démarche est inutile ou ne les concernent pas. Pour les autres, frappés dans leur vitalité la plus intime, s’opère bien souvent un changement complet dans les priorités et valeurs qui fondent l’existence. Le malheur peut s’ajouter au malheur (une rupture dans le couple) ou au contraire les sentiments peuvent s’approfondir. Le psycho-sexologue ne peut pas tout et provoquer un retour à « la vie d’avant » ; en revanche une parole juste et des prescriptions judicieuses peuvent s’avérer libératrices pour le corps et l’esprit.

Catherine Adler-Tal est depuis peu présidente de l’association Etincelle qui propose des ateliers individuels et collectifs pour les femmes et les hommes autour des soins de supports : massages, art thérapie, sophrologie, danse et yoga, accompagnement psychologique… Etincelle est un lieu ouvert qui permet des discussions entre patients. Les activités sont gratuites pour tous les adhérents.

http://www.etincelle.asso.fr/

« Le cancer ne s’arrête pas à la rémission »
L’après-cancer, une étape complexe

Catherine Adler-Tal tient à souligner que l’après cancer peut se révéler redoutablement difficile pour les patients, même si la rémission semble acquise et confirmée. Elle résume sa pensée forgée au fil de ses consultations avec une formule choc : « la dépression survient après la guerre et non sur le champ de bataille ».

Effectivement après une vie rythmée par des traitements longs et pénibles, peuvent surgir une sensation d’abandon et de vide, la peur de la récidive, une plus grande fatigabilité et des difficultés de concentration au travail, le tout alimentant souvent un obscur sentiment de culpabilité. Les proches ont du mal à comprendre que, après ces mois d’épreuves, « tout ne revient pas comme avant » : la disponibilité, une certaine insouciance…

Aussi, la solitude qui a accompagné la maladie (quelles que soient les marques d’affection et de solidarité dont a fait preuve l’entourage) ne s’évanouit-elle pas et peut même se doubler d’incompréhension et d’agacement devant les petits tracas de la vie quotidienne qu’exprime le cercle professionnel ou familial. En effet, le patient guéri voit désormais sa vie avec des yeux différents ; ses priorités existentielles ont changé. Il a acquis une densité de réflexion et un recul ; c’est là un rare « bénéfice secondaire » de la maladie même s’il existe de ce fait un risque de décalage avec les proches.

Pour les patients qui le souhaitent et sans que cela ne préjuge nécessairement des difficultés évoquées ci-dessus, Catherine Adler-Tal recommande donc de préparer« l’après cancer », quand cela est possible, bien avant la fin des traitements.

Notre proposition et notre souhait, serait d’accorder une attention particulière à l’après-cancer dans toutes ses dimensions, comme une étape de suivi des personnes touchées par le cancer.

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Article rédigé par Arnoul Charoy

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