Le témoignage : IsabelleDeLyon

IsabelleDeLyon , survivante d’un cancer du sein Her2 métastasé au foie en 2006 est en rémission avec des chimios à vie. Dans son blog, La Gniaque, elle cherche à transmettre de l’espoir à travers son expérience.

Nous publions ici le post du 28 janvier, La quête de mon Graal : la RQTH ( Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé ). Dans son billet elle dit :

Je regrette que personne ne m’ait donné d’information ou ne m’ait poussée à le faire avant. C’est moi qui ai dû aller à la pêche aux informations. Heureusement, encore une fois, qu’internet existe.

Nous espérons que son témoignage puisse informer et aider d’autres malades à accomplir ces mêmes démarches !

 

Comme j’ai le sentiment qu’au travail, la gestion du personnel se détériore, se déshumanise et que nos supérieurs sont en perpétuelle recherche du collaborateur à qui confier le nouveau projet qui vient de leur tomber dessus, j’ai décidé de prendre les devants. Je bénéficie depuis la naissance de ma fille aînée d’un temps partiel à 80%. Le mercredi, je ne vais pas travailler, je suis maman à temps plein ce jour-là. Ce temps-partiel est soumis à l’autorisation de mon supérieur. J’avoue qu’avec mes traitements, mes filles qui me demandent beaucoup d’énergie et de temps, je suis incapable de travailler davantage que ce 80%.
Aussi j’ai décidé de me faire reconnaître travailleur handicapé pour être certaine de pouvoir rester à temps partiel. Ce statut me permet d’avoir un temps partiel de droit (sans autorisation). Avoir des chimios toutes les trois semaines m’handicape dans ma vie quotidienne par rapport à une personne en bonne santé. Je n’ai pas la même énergie, je suis fatigable.
Je me suis donc lancée dans les démarches.
Je regrette que personne ne m’ait donné d’information ou ne m’ait poussée à le faire avant. C’est moi qui ai dû aller à la pêche aux informations. Heureusement, encore une fois, qu’internet existe.
Je viens juste de perdre 7 ans de surcotisation pour la retraite (si j’y arrive un jour). En effet lorsqu’on demande le statut de travailleur handicapé, on l’obtient non pas à partir du début de nos misères, ni à partir de notre demande mais à la date de la décision de la commission.

Qu’on soit fonctionnaire ou pas, seule la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) peut attribuer la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé : RQTH.
Par contre, j’ai découvert après, que j’aurais pu faire appel au médecin de prévention du Rectorat pour m’aider à constituer le dossier mais comme je n’ai jamais eu affaire à lui, ça ne m’est jamais venu à l’esprit.
J’ai appelé la MDPH en juin 2013, j’ai expliqué que je voulais un dossier pour obtenir la RQTH. Il me suffisait de passer aux horaires d’ouverture pour récupérer ce fameux dossier à compléter ainsi que les notices explicatives qui allaient avec.
A Lyon, il existe une structure par arrondissement.
Je n’ai pas eu à attendre longtemps, j’étais la seule à me présenter à la maison du département. Je suis repartie 5 mn après avec mon dossier et les coordonnées d’une personne à joindre directement si j’avais besoin d’aide.

Inutile de dire que je n’étais pas motivée pour le remplir, il fallait ressortir tous les certificats médicaux prouvant ce que je racontais, mes opérations, mes biopsies, mes traitements… Une partie était à faire remplir par un médecin.
J’avais justement rendez-vous avec mon oncologue mais elle m’a orientée vers mon généraliste, celui qui connaît le moins bien mon parcours du cancéreux en détail.
J’ai fait au préalable un beau document word, mon CV médical en quelque sorte.
Un bref résumé des dates et évènements principaux dans mon parcours médical depuis le diagnostic.
Mon médecin était ravi d’en recevoir un exemplaire, il trouvait que c’était une excellente idée et un bon mémo pour l’aider à suivre mes péripéties.
Il a rempli en moins de 10 minutes son questionnaire et il me demandait ce que je voulais qu’il mette. Nous n’étions pas très au point pour accentuer des handicaps éventuels.
Pour ma partie, le plus long était de me replonger dans tous mes certificats, comptes-rendu pour sélectionner ceux à photocopier.
Mon classeur est devenu épais au fil des années.

Il fallait aussi rédiger un projet de vie dans lequel on doit dire ce qu’on souhaite et ce qu’on demande. J’ai mis l’accent sur ce temps partiel, cette incapacité à travailler à 100% et puis j’ai demandé ce qui serait idéal pour moi, une aide ménagère, une aide financière pour compenser une perte de salaire si je me mettais à 60%. On peut toujours rêver et demander…
Une fois le dossier prêt, j’ai appelé la MDPH, j’ai eu un RDV pour l’après-midi, béni soit le mois de juillet et Lyon désertée. J’ai foncé avec ma pile de papiers sous le bras. Foncé est un grand mot, c’était plutôt à la manière d’une tortue, je venais de recevoir ma perfusion d’herceptine et la chaleur n’arrangeant rien, on aurait dit qu’on avait enclenché la touche ralenti lorsque je me déplaçais.
La dame qui m’a reçue était très gentille, très à l’écoute et a fait un bilan sommaire de ce qu’elle pensait que je pouvais obtenir et de ce qui relevait de l’utopie (femme de ménage, aide financière…). Ça tombait bien, ce qu’elle m’annonçait collait avec ce que j’attendais :

Pas d’invalidité supérieure à 80%.
Pas de pension d’invalidité ou autre aide financière pour mon handicap.
J’aurais droit au macaron pour stationner sur les places réservées aux handicapés,
à la carte prioritaire pour station debout pénible (idéale pour les nombreuses visites à la pharmacie, des fois que ça me permette d’y passer un peu moins de temps)
et la fameuse RQTH puisque mon invalidité devrait être estimée entre 50% et 80%.

Elle a ajouté : « Dommage que vous ne soyez pas venu au moment de vos traitements lourds ! vous auriez pu être mieux reconnue ! ».
Il aurait fallu que je sache que ça pouvait m’apporter un quelconque bénéfice.

Elle m’a prévenue que dans cette antenne de la MDPH, ils allaient émettre un premier avis sur tous les points demandés dans le dossier, que je recevrais ces avis et que j’avais la possibilité de me manifester pour les contester et éventuellement apporter davantage de certificats pour étayer mes demandes. En cas de silence de ma part, ces avis et mon dossier seraient transmis à la commission du département qui adopte ces avis en général et enfin je recevrais mes divers papiers reconnaissant mon statut d’handicapée.
Il fallait être patient, 6 mois était une attente normale.

Je suis repartie chez moi, heureuse d’être débarassée de toute cette paperasse.

Au début de l’automne, j’ai reçu les fameux avis contestables. Ils allaient tous dans le sens de mes demandes.
Et enfin, début janvier, j’ai reçu autant de courriers que de décisions qu’elles soient positives ou négatives, ils doivent avoir des prix de gros pour les timbres.
J’ai enfin obtenu la fameuse RQTH et mes deux cartes pour stationner et ne pas faire la queue.

travailleur handicapé

A ce stade, aucune information n’est envoyée à l’employeur, c’est uniquement à l’initiative de l’employé s’il souhaite faire reconnaître son statut d’handicapé au travail. Il n’a aucune obligation à le faire.

J’ai appelé le médecin de prévention du Rectorat pour savoir comment me faire reconnaître travailleur handicapé. Je suis tombée sur sa secrétaire qui est habituée à avoir des enseignants du 1er ou du 2ème degré et pas du tout des personnels des services académiques. Elle m’a dit que ce n’était pas le médecin de prévention qui donnait des temps partiels de droit, que leur service pouvait accorder des temps partiels pour raison médicale ou des allégements de service. N’ayant jamais entendu parler de ces possibilités, j’ai voulu recevoir le formulaire.
En parallèle, j’ai pris contact avec la gestionnaire de mon dossier administratif qui m’a aiguillée vers le référent handicap de l’académie. Je lui ai aussitôt envoyé un mail et cette référente handicap de l’académie m’a vue en rdv.
Pour apporter un peu plus de clarté à toutes ces modalités :

le temps partiel pour raison médicale est uniquement destiné aux enseignants du 1er degré,
les allègements de service avec maintien du salaire complet sont réservés aux enseignants avec renouvellement tous les trois mois.

J’avais droit pour ma part au fameux temps partiel de droit rémunéré à hauteur de la quotité de mon temps de travail. Je ne suis pas enseignante. Je suis ingénieure en informatique dans les services académiques.

En résumé, au niveau académie, il faut s’adresser au référent handicap et prendre un rdv pour mieux connaître ses droits.
Elle a photocopié ma RQTH pour l’envoyer au chef du service qui me gère administrativement. J’ai de mon côté informé ma hiérarchie sur deux niveaux que je transformais mon temps partiel sur autorisation en temps partiel de droit.
Je vais donc être enregistrée comme travailleur handicapé dans notre base de données.
En plus de ce temps partiel de droit dont je détermine sans avis médical la quotité, mon administration va surcotiser pour ma retraite.
J’ai aussi un autre avantage, j’ai le droit à un départ anticipé à la retraite à partir de 55 ans, un autre Graal.

Par contre tout le monde me dit que la RQTH est attribuée pour des périodes de 3, 5 ou je ne sais combien d’années. Hé bien, ce n’est pas mon cas, je n’y ai droit que jusqu’à fin 2015. Ce qui signifie que je dois tout recommencer au printemps prochain si je veux obtenir tous mes papiers avant la date de fin de cette RQTH.
Je vais me donner un peu plus de mal pour le dossier médical la prochaine fois et suggérer un peu plus d’idées handicapantes à mon médecin me concernant.

A tous ceux et à toutes celles qui travaillent malgré un parcours médical chaotique et qui ne se sentent pas l’énergie de travailler à temps plein à cause de leur mauvaise santé, je recommande de ne plus attendre et de foncer à la MDPH récupérer un dossier pour faire une demande de RQTH.
Ainsi vous pourrez avoir un temps partiel de droit, bénéficier d’un départ anticipé à la retraite à partir de 55 ans (pas forcément à taux plein, ça dépend du nombre de trimestres cotisés).
Bonne chance dans votre quête du Graal…